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25 mars 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 7)

histo21

Objectif Lune

Promu héros national après le lancement réussi d'Explorer 1, Von Braun fit la couverture du magazine Time. Deux ans plus tard, l'acteur Curd Jürgens interpréta son personnage dans le film Je vise les étoiles. Un comique new­yorkais ajouta un sous­titre grinçant : « Et parfois je frappe Londres. » Dans l'instant, l'allusion aux V 2 ne marqua pas les esprits. Elle resurgira. Mais jamais à Huntsville, où le sujet restera tabou... Pour l'heure, l'espace devient cause nationale même si la naissance de la NASA, courant 1958, se fit dans une relative indifférence. L'administration connut même quelques déboires dans le domaine des vols habités lors de ses deux premières années. Eisenhower et son équipe préconisaient de continuer les recherches dans le domaine des vols et des sondes non­habités. Peu de temps avant la fin de son mandat, il déclara ainsi devant le Congrès qu'un travail plus en profondeur devait être effectué pour déterminer s'il existait de véritables raisons scientifiques pour continuer les vols habités à l'issue du projet Mercury, qui était actuellement en cours. L'ambiance n'était donc pas au beau fixe... Peu importe : à l'arsenal de Huntsville, rebaptisé Marshall Space Flight Center, Von Braun pilotait la plus grosse base de la toute nouvelle agence fédérale (5 500 personnes). Sauf que son franc­parler dérange, que sa loyauté fait débat. « Il se fiche éperdument du drapeau », laissait entendre Bob Gilruth, alors patron du centre des astronautes de Houston (Texas). Houston, Huntsville... Entre les deux sites, les relations sont tendues. Il faut dire que von Braun est vorace. Sans autorisation ni budget, il fit construire un réservoir géant où pouvaient être simulés, sous l'eau, les exercices reproduisant la microgravité. Il réclama aussi que le centre d'entraînement des astronautes soit transféré à Huntsville ! En vain. Ceux-ci restèrent à Houston, mais s'aventurèrent parfois dans ce coin d'Alabama que certains surnommaient « Plouc City ». Von Braun les y accueillait en maître des lieux. « En dehors de lui, personne à l'horizon qui ait un brevet de pilote », s'inquiétait Alan Shepard, l'un des as de l'aéronavale. Mais leur hôte se voulait rassurant. « Von Braun adorait les astronautes », raconte son ancien attaché de presse Ed Buckbee. Pourtant, le 5 mai 1961, lorsque ce même Shepard embarqua à bord de la capsule Freedom 7 pour le premier vol habité américain (un saut de puce suborbital de quinze minutes (4)), il était de mauvaise humeur : Gagarine lui avait volé la vedette, un mois plus tôt, signant une fois de plus une « première » soviétique. La faute à la German Team : par sécurité, elle avait réclamé deux vols tests supplémentaires, et ce délai avait profité à l'adversaire. « Wernher était un visionnaire audacieux, mais, sur le terrain, il a toujours affiché une extrême prudence », rappelle Korad Dannenberg, un de ses collaborateurs.

shepard

Au retour de Shepard, il reprit malgré tout sa casquette de visionnaire. « Désormais, annonce-t-il, nous irons de plus en plus loin. » Le propos ne devait rien au hasard. Il venait en effet de recevoir un mémo de la Maison-Blanche. « Quelles sont nos chances de battre les Russes et d'arriver sur la Lune d'ici à 1970 ? » lui demandait le président, John Fitzgerald Kennedy qui avait remplacé depuis peu Einsenhower. Sa réponse fut sans ambiguïté : « Une très bonne chance. » Et pourtant, aller sur la Lune, l'idée semblait folle mais rusée : puisque les Américains étaient en retard, il fallait oser un saut technologique, mettre la barre très haut pour tout le monde. Mais cela impliquait de construit une fusée dix fois plus puissante. « Si nous ne disposons pas, aujourd'hui d'un tel engin, il est peu probable que les Soviétiques en possèdent un, argumenta Von Braun dans le rapport secret repris par Robert McNamara, secrétaire à la Défense. En y mettant les moyens, nous pourrions atteindre ce but vers 1968 ou 1969. » Kennedy hésita : il proposa même l'impensable aux Soviétiques : explorer les étoiles de concert, au grand dam des militaires américains. Et puis, le 25 mai 1961, le président prononça son discours historique : « Nous devons faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur la Terre avant la fin de la décennie. » Un pari qui allait faire date dans l'histoire. Pour la première la situation était renversée, les Soviétiques furent stupéfaits par le coup de bluff. Von Braun est aux anges mais il voit déjà plus loin... « Il a toujours considéré la Lune comme un point de ralliement qui faisait consensus, avait confié, peu de temps avant sa mort, le physicien d'origine allemande Ernst Stuhlinger. Le véritable objectif de Von Braun était Mars. » Von Braun aura été l'un des principaux instigateurs du programme Mercury, il le sera aussi pour ses successeurs : Gemini et Apollo. Si Mercury avait pour objectif de démontrer qu'un être humain pouvait survivre dans l'espace (ce qui fut vérifié grâce aux sauts de puce d'Alan Shepard et de Virgil Grissom) et Gemini celui de développer la technologie et l'expérience nécessaire au rendez-vous spatial et aux sorties extravéhiculaires (deux étapes essentielles aux missions lunaires), l'objectif d'Apollo était clairement de permettre aux Américains d'être les premiers à poser un pied sur la Lune.

(4) Le premier américain à faire le tour de la Terre en orbite fut John Glenn lors de Mercury 6 le 20 Février 1962, près d'un an après Gagarine. Outre ces succès, le programme Mercury marqua également l'envoi du premier hominidé dans l'espace, en la personne du célèbre chimpanzé Ham qui décolla de Cap Canaveral le 31 Janvier 1961, quelques semaines avant le vol historique de Youri Gagarine.

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Du V2 à la Lune... (Partie 6)

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Gagarine, et l'homme conquit l´espace...

Sergueï Korolev est couvert d'honneurs, du moins dans le plus grand secret puisque sur ordre des hauts dirigeants de l'URSS il lui est interdit d'apparaître en public. Personne ne doit savoir qui il est , ni son nom, ni sa fonction. Assigné en URSS, il ne peut savourer son succès. Il ne fut cité dans aucun des récits de l'époque sur le vol historique du Spoutnik, et son rôle clé n'était connu que de quelques responsables et ingénieurs. Les savants russes en voyage à l'étranger se virent ainsi attribuer les mérites de Korolev. Leonid Sedov, membre de l'Académie des Sciences, sans lien aucun avec le programme Spoutnik, fut ainsi considéré par la presse occidentale comme « le père du Spoutnik ». Un peu embarrassé, il donna des conférences à l'étranger et reçut des honneurs qui ne lui étaient pas dûs. Peu après, une délégation de la Fondation Nobel se rendit à Moscou pour savoir à qui décerner le prix. L'Académie des Sciences, sur ordre du Comité Central, refusa de donner le nom de Korolev. La déclaration de Sergueï Khrouchtchev, fils de Nikita, au sujet du lancement de Spoutnik et de la « non­mention » du nom de Korolev est d'ailleurs sans ambiguïté « Le KGB savait bien qu'il n'y avait pas de raison de taire son nom, mais comme me le dit le chef du KGB Ivan Serov, puisque les ressources de l'ennemi étaient limitées, autant le laisser les gaspiller dans le vain espoir de dévoiler des secrets qui n'en étaient pas. [...] Mais le monde voulait connaître son nom. Le comité du prix Nobel décida d'honorer le concepteur du Spoutnik, mais pour cela il lui fallait un nom. Le comité intervint auprès du gouvernement soviétique. Mon père pesa soigneusement sa réponse. La situation était délicate et son principal souci n'était pas la confidentialité. Le conseil des ingénieurs en chef était responsable de tous les projets spatiaux. Korolev était à la tête de ce conseil, mais d'autres ingénieurs en chef ­ plus d'une douzaine ­ estimaient être tout aussi éminents. Mon père était conscient du fait que ces ingénieurs en chef étaient dévorés par l'ambition et la jalousie. Il ne faisait aucun doute pour lui que si le comité Nobel décidait de donner le prix uniquement à Korolev, les autres ingénieurs écumeraient de rage. Ils refuseraient de collaborer avec Korolev. Une équipe bien organisée s'écroulerait comme un château de cartes, réduisant à néant les projets de recherche spatiale et de développement de missiles, menaçant par là la sécurité du pays. D'après mon père, on pouvait obliger les scientifiques et les ingénieurs à travailler ensemble, mais on ne pouvait les forcer à créer quelque chose. Mon père dit finalement au comité Nobel que tous les Soviétiques s'étaient distingués pour leur travail sur le Spoutnik et qu'ils méritaient tous le prix. Korolev fut offensé, mais ne dit rien. Le prix Nobel fut décerné à quelqu'un d'autre. »

histo25Après le lancement des trois premiers Spoutnik, la carrière de la R7 s'engagea définitivement dans le spatial civil. Les militaires refusèrent même de l'intégrer dans leur armement. Sa mise en œuvre beaucoup ­ trop longue ­ principalement le remplissage des réservoirs ­ la rendait, en effet, trop vulnérable. Mais Korolev n'en avait cure, il put ainsi se concentrer totalement sur ses programmes. En mai 1958, les premières esquisses du futur vaisseau spatial piloté sortirent de son bureau d'études. Les choix se précisaient : module récupérable se séparant du module de service, choix de la sphère pour le vaisseau au lieu du cône, calcul et choix de la protection thermique, etc... Parallèlement aux travaux exploratoires menés dans ses propres bureaux, Korolev confia à deux bureaux d'études extérieurs un projet d'avion aérospatial piloté. Lancé par la R7 sur une orbite circulaire à 300 km d'altitude, ce planeur aérospatial (PKA en russe) devrait y rester quelque 24 heures, avant d'effectuer une descente balistique guidée jusqu'à l'altitude de 20 km. Arrivé dans ce domaine de vol, il déploierait des ales pour atterrir en vol aérodynamique. La rentrée complète devrait durer une heure et demie. Un an et demi plus tard, devant la complexité des problèmes thermiques : Korolev abandonna cette solution élégante : son vaisseau sera tout simplement sphérique, et sa rentrée sur Terre se fera uniquement en balistique. Le vaisseau Vostok (en russe, « Orient » là où se lève le soleil, un nom trouvé par Korolev lui­même) venait d'être défini. Tous ses systèmes et sous­systèmes sont testés et mis au point au début de lannée 1960 : système d'éjection du cosmonaute, scaphandre, instrumentalisation de bord... Le complexe de télémesures créé pour les premiers spoutniks est complété par de nouvelles stations de poursuites, les systèmes de communication radio et TV sont expérimentés et mis au point au sein du ministère de la radio. Le programme Vostok est ambitieux. Il avait pour objectifs de mettre sur orbite le premier vaisseau habité, d'étudier la faculté d'adaptation de l'homme dans l'espace et surtout de récupérer saints et saufs l'homme et le vaisseau. Il fallut donc se préoccuper du retour du vaisseau sur Terre. La mission Spoutnik 5 régla ce problème en devenant le premier vol spatial à ramener ses occupants vivants. Courant août 1960, les chiennes Belka et Strelka, accompagnées d'une véritable ménagerie composée entre autres, d'un lapin, de quarante souris, de mouches mais aussi de plantes et de champignons, passèrent une journée dans l'espace avant de retoucher saines et sauves le plancher des vaches.

Et s'il fallut préparer le matériel pour cette nouvelle mission, il fallut également préparer les hommes. Une commission destinée à élaborer des critères de sélection fut organisée en mai 1959. Où choisirent les futurs cosmonautes ? Certains proposèrent de prendre les scaphandriers ou les sous-mariniers, des professions habituées au confinement. Finalement les aviateurs l'emportèrent : les pilotes d'essais ont une forme physique impeccable ; de plus ils sont habitués à réagir à un environnement technique, et ont l'expérience des accélérations et des vibrations. Une annonce, sans plus de précisions, est faite dans les unités de l'armée de l'air soviétique. Plus de 3 000 candidats subirent une batterie de tests psychologiques et médicaux. Fin octobre 1959, il n'en restait plus que 102, qui furent appelés à Moscou pour y subir une dure sélection à l'hôpital aéronautique central. Début mars 1960 : seulement vingt apprentis cosmonautes restaient en course, une course dont il ne connaissait d'ailleurs pas l'objectif, classé secret défense. La sélection définitive est achevée début janvier 1961, six candidats furent alors retenus pour le premier vol par la Commission : Youri Gagarine, Guerman Titov, Grigori Nelioubov, Adrian Nikolaiev, Pavel Popovitch et Valery Bykovski. De ces 6, il ne resta très vite que deux hommes réellement en lice : Gagarine et Titov, de part leur résultats mais aussi de leur petite taille, caractéristique importante au vu de la faible place disponible à l'intérieur du Vostok. De l'avis de tous, Guerman Titov était le plus brillant. Mais il avait le tort d'être fils d'instituteur... Le choix se porta donc sur Youri Gagarine, un jeune communiste issu du peuple, fils d'ouvrier, qui avait de plus la préférence secrète de Korolev. Le choix est donc définitivement entériné : le premier homme dans l'espace s'appellera Youri Gagarine. Titov en gardera une grande amertume toute sa vie.

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Le feu vert final pour le vol de Vostok 1 fut donné par une directive ultra-secrète du Comité Central, daté du 3 Avril 1961. Sur le site de Baïkonour, Korolev convoqua son équipe pour faire un ultime tour d'horizon des problèmes techniques et s'assurer que cette grande première historique ne tournera pas au drame. A 5 heures du matin , le 12 avril 1961, Gagarine et sa doublure Titov sont réveillés. Sur le pas de tir, les réservoirs de la R7 se remplissent. A 7 heures du matin, Gagarine est allongé dans son Vostok. Les préparatifs traînent en longueur. Enfin à 9h07, Korolev annonce : « Allumage ». Gagarine répond : « Poyekhali ! (On est parti !) ». La fusée s'éleva puis s'inclina vers l'Est. Les contrôleurs au sol ne savaient pas si une orbite stable avait été atteinte jusqu'à 25 minutes après le décollage. Le contrôle de l'altitude de l'engin était géré par un système automatisé. Quelques minutes plus tard, les responsables d'une base militaire américaine en Alaska n'en crurent pas leurs oreilles lorsqu'ils captèrent sur leur radio les conversations, en russe, entre l'occupant du Vostok et un correspondant à terre qui se faisait appeler Zaria (« l'aube ») : Korolev en personne. C'est lui qui, de Baïkonour, assura la liaison. L'équipe médicale et les ingénieurs ne savaient pas comment le corps humain réagirait à l'absence de gravité. Pour cette raison, les contrôles de vol du pilote étaient verrouillés pour empêcher Gagarine de prendre un contrôle manuel. Les codes pour déverrouiller les commandes étaient placés dans une enveloppe embarquée, à l'usage de Gagarine en cas d'urgence. Vostok ne pouvait pas changer d'orbite, seulement d'altitude sur son orbite. Durant la majeure partie du vol, l'altitude du vaisseau pouvait fluctuer. Le vaisseau atteignit son apogée, altitude la plus haute, au niveau du Cap Horn puis le système automatisé ramena Vostok 1 dans l'alignement voulu après le freinage après environ une heure de vol. L'allumage des rétrofusées eut lieu au large de la côte occidentale de l'Afrique, près de l'Angola, à environ 8 000 km du lieu d'atterrissage sélectionné; elles fonctionnèrent durant environ 42 secondes. Pour des raisons de poids, il n'y avait pas de rétrofusées de remplacement. Le vaisseau avait embarqué 10 jours de provisions pour attendre la chute naturelle de l'orbite, dû au frottement atmosphérique, au cas où les rétrofusées n'auraient pas fonctionné. Cette opération était cruciale : si les calculs s'étaient révélés erronés : le vaisseau aurait pu pénétrer dans l'atmosphère de manière trop violente et se désintégrer ou bien au contraire être propulsé sur une orbite trop haute. Après le freinage, le module d'équipement de Vostok resta involontairement fixé au module de rentrée par un ensemble de sangles. Les deux tiers du vaisseau étaient censés se séparer dix secondes après la fin du freinage, mais cela ne se produisit qu'au bout de dix minutes. Le vaisseau subit entretemps des girations désordonnées avant que les sangles ne brûlent et que le module de descente ne prenne sa propre attitude de rentrée. Si les deux parties ne s'étaient pas séparées, Gagarine courrait à une mort certaine. A 7 000 m d'altitude, des boucliers explosifs déclenchèrent l'ouverture de la trappe du Vostok. Le cosmonaute fut éjecté peu après. Ce fait a été dissimulé par le gouvernement soviétique pendant longtemps, car pour qu'un vol spatial soit enregistré comme tel, il fallait que le pilote demeure à bord de son vaisseau du décollage à l'atterrissage. Engoncé dans son scaphandre, Gagarine atterrit finalement en parachute à 26 km au sud-ouest d'Engels, dans la région de Saratov, 1 heure et 48 minutes après le décollage et une unique révolution. Une apparition qui causa la stupeur des paysans locaux qui le prirent pour un espion américain. Le premier vol spatial avait duré moins de deux heures mais avait révolutionné les esprits. Devenu un héros de l'Union Soviétique, il fut reçu en grandes pompes par Nikita Khrouchtchev sur la Place Rouge et promu au rang de major. Tous les grands apparatchiks du régime furent invités au Kremlin. Dans le public, perdu au milieu d'un million de Moscovites, un homme anonyme, en retrait, perdu dans l'immensité de la foule de ses compatriotes, Sergueï Korolev venu assister dans le plus grand secret aux honneurs réservé au premier cosmonaute soviétique...

histo26En parallèle du développement des vols habités, une autre responsabilité échut à Sergueï Korolev celle de développer une série de sondes interplanétaires : ce sera le programme Luna, complété par la suite par les programmes Venera et Mars. La Lune, Mars et Vénus sont les astres les plus observés par l'homme à l'œil nu depuis les anciens temps. L'invention de la lunette par Galilée en 1610 et du radar en 1945 permit d'étendre le champ d'observation et de poser de nombreuses questions sur ces corps célestes. La prochaine étape sera donc, logiquement, l'envoi de sondes automatiques in situ. Trois voies de recherche furent lancées : des missions de durée très courtes avec des sondes approchant le corps célestes pour s'y écraser dessus ou passer au-delà ; des missions avec dépôt d'instrumentation sur la surface ou mise en orbite et des missions permettant le retour d'échantillons sur terre. Le lancement de la première sonde lunaire, Luna 1, eut lieu le 2 janvier 1959 depuis le cosmodrome de Baïkonour. Luna 1 s'approcha à 5 995 km de la surface de la Lune le 4 janvier après 34 heures de vol, devenant ainsi le premier objet créé par l'homme à atteindre la vitesse de libération de la Terre, s'affranchissant donc de l'attraction terrestre. Au final, la sonde se mit en orbite autour du soleil dans une région comprise entre la Terre et Mars, réalisant là encore une autre première : le premier corps artificiel à orbiter autour du soleil. Beaucoup d'observateurs pensèrent cependant que son objectif final devait être de s'écraser sur la Lune ce que la sonde Luna 2 parviendra finalement à faire quelques mois plus tard. Fin 1959, la sonde Luna 3 fut, elle aussi, à l'origine d'une autre première en transmettant, le 7 octobre, des photographies de la face cachée de la Lune en se plaçant en orbite autour de cette dernière. La liste des premières réalisées par l'équipe Korolev commençait à très sérieusement s'allonger et à agacer les grands pontes de la NASA outre-Atlantique. Au total, près de 47 sondes furent lancées durant le programme Luna qui préfigurait le futur programme lunaire soviétique... Le début d'une longue litanie de premières côté soviétique, d'une longue série de gifles pour les Etats-Unis : Korolev fait des merveilles.

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Du V2 à la Lune... (Partie 5)

vanguard

Pour qui sonne le glas...

« Bip, bip, bip, bip...» Comme ce son lancinant fit mal aux oreilles occidentales! Le soir du 4 octobre 1957, à Washington, on donnait un cocktail à l'ambassade soviétique. Cruelle ironie, ce fut un haut responsable américain, Lloyd Berkner, directeur de l'Année géophysique internationale, qui annonça la nouvelle, la gorge nouée: «Un satellite tourne à 900 kilomètres d'altitude autour de la Terre. Félicitations à nos collègues soviétiques!» 40 petits kilos tout justes bons à émettre ce signal irritant. Mais quelle gifle! Le premier geste spatial de l'Histoire venait d'être accompli par de vulgaires moujiks, communistes de surcroît, que l'on croyait bien incapables d'un tel exploit. La panique s'empara de l'Amérique: les communistes pouvaient maintenant lancer des fusées contre les Etats-Unis, ils allaient mettre en orbite des plates-formes d'où ils jetteraient des bombes atomiques, ils allaient contrôler les cieux ! «Et qui contrôle les hautes sphères de l'espace contrôlera le monde», prophétisa Lyndon Johnson, alors chef de la majorité au Congrès. Pour les Américains, Spoutnik 1, c'était Pearl Harbor !

Dès 1955, les Soviétiques avaient pourtant annoncés, peu après les Américain, leur intention de lancer un satellite. Au Pentagone, on s'étranglait alors de rire. Un satellite ? Pourquoi pas la Lune, tant qu'ils y étaient ! Ce soir d'octobre 1957, on riait désormais jaune de ce côté de l'Atlantique. Et pourtant si l'on avait écouté Von Braun, l'Amérique aurait pu se targuer d'être la première nation dans l'Espace. Mais, vous l'avez bien compris, le principal adversaire de Wernher von Braun, pourtant soutenu par l'armée de terre américaine, n'était pas l'Union Soviétique mais bien l'US Navy, qui a alors l'oreille du Président Dwight David Eisenhower, et qui veut être la seule à avoir la gloire d'avoir pu envoyer le premier satellite artificiel de l'histoire... Lorsque ce soir du 4 octobre 1957, un journaliste vint lui apprendre la nouvelle du lancement soviétique, Von Braun rétorqua, vexé « Nous aurions pu en faire autant il y a deux ans ! Donnez-nous soixante jours et nous serons en place là-haut ! ». En effet, le 21 septembre 1956, la nouvelle fusée de Von Braun, la Jupiter C dérivée du Redstone, avait atteint 1 100 kilomètres d'altitude. Son étage supérieur était vide. L'ingénieur aurait bien aimé y loger un satellite, mais Washington avait formellement refusé: qu'il s'occupe de ses missiles ! Cette première symbolique ne pouvait être réalisée par un Allemand. Le premier satellite américain devait résolument être lancé par la fusée que prépare l'US Navy. Méfiant, Washington enverra même un général à Cap Canaveral pour s'assurer que le satellite de von Braun - car il en a bien fait fabriquer un baptisé Orbiter - était mis au placard. Si elle avait voulu suivre les recommandations de Von Braun l'Amérique aurait réussi ce jour-là la première satellisation de l'histoire ... Il faudra le choc du lancement de Spoutnik pour qu'on laisse enfin Von Braun lancer son satellite. Le soir du 4 octobre, avec le général de brigade John B. Médaris, patron de l'arsenal Redstone, il reçoit le futur Secrétaire d'Etat à la Défense, Neil Mac Elroy. Von Braun sauta sur l'occasion pour demander à Mac Elroy de lever l'interdiction qui lui était faite de procéder aux préparatifs pour le lancement d'un satellite artificiel américain. Mais ce dernier n'entrait en fonction qu'un mois plus tard. Si aucune décision officielle ne fut prise, on s'activa toutefois dans les coulisses. Tant et si bien que le 8 novembre, Mac Elroy accorda finalement un crédit de trois millions et demi de dollars pour modifier le missile balistique Jupiter C (qui allait devenir le lanceur Juno 1) pour pouvoir procéder au lancement d'un satellite. Ce à une condition que ce lancement ait lieu après celui prévu par l'US Navy, prévu début décembre...

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Le 6 décembre 1957, certain de la fiabilité de leur technologie, l'US Navy convia, en grande pompe, la presse à assister au lancement du premier satellite artificiel américain depuis Cap Canaveral. Cerise sur le gâteau, ce moment historique allait être diffusé en direct sur les trois grands réseaux télévisés américains (ABC, CBS et NBC). A 16h44 (temps universel), les moteurs de la fusée emportèrent vers l'espace le satellite « Vanguard 1A », une sphère en aluminium de 15,2 cm de diamètre pesant 1,36 kg. Un magnifique décollage, le début d'une folle aventure qui allait durer ... l'espace de deux secondes. Après s'être élevée d'environ un mètre et vingt centimètres, la fusée composée de trois étages perdit de la poussée et commença à retomber en penchant vers l'arrière. Ayant touché violemment la rampe de lancement, les réservoirs de carburant se rompirent et explosèrent, détruisant entièrement la fusée et endommageant gravement la rampe de lancement !... Le satellite Vanguard fut projeté au sol à une courte distance, ses émetteurs continuant à émettre. Cependant, le satellite était trop endommagé pour être réutilisé. Toute l'Amérique assista en direct à la télévision à ce désastre technologique sans précédent !... Les États-Unis ont été humiliés, en partie à cause de leur arrogance puisque contrairement à ce lancement surmédiatisé, les Soviétiques s'étaient bien gardé de communiquer sur les propres lancements avant d'être assuré de leur complet succès. Inutile de dire, que les responsables de l'US Navy ont du rasé les murs du Pentagone les jours suivants. La presse ne fut pas tendre avec ce retentissant échec très vite moqué sous les noms peu flatteurs d'Oopsnik, Flopnik et même Kaputnik ! La faillite était totale...

Ce raté sonnait l'heure de la revanche pour la German Team de Von Braun . Fin janvier 1958, les « Allemands » sont prêts pour un lancement. Une date fut arrêtée le 29, puis reportée le 30 du fait des mauvaises conditions météorologiques. Le tir aura finalement lieu le 31 janvier 1958 dans la soirée. A 22h48, Juno 1 quitte enfin le sol. Sept minutes plus tard, le premier satellite américain, Explorer1, est placé en orbite, soit cent dix-neuf jours après le Spoutnik. Pour l'équipe de lancement, le suspense sera un peu plus long que prévu. Le satellite a été placé sur une orbite plus haute que celle visée, et il faudra attendre huit minutes supplémentaires avant d'entendre le signal radioélectrique certifiant que la mise en orbite a bien eu lieu. Qu'importe c'est une réussite. L'impact d'Explorer 1 sera sans doute moindre car dans une course, c'est toujours le premier qui récolte la gloire et les honneurs. Pourtant, ce satellite présentait un intérêt scientifique indéniable par rapport à son rival soviétique. Il permit en effet de mettre en évidence l'existence de ceintures de rayonnement appelées désormais « Ceintures de Van Allen » en l'honneur du docteur James Van Allen de l'Université de l'Iowa qui avait la charge des instruments scientifiques du satellite. Il faudra attendre le 17 mars 1958 pour voir l'US Navy, et Vanguard, mettre enfin en orbite son premier satellite, d'une masse de 1,54 kg et dénommé "Pamplemousse" en raison de sa petite taille. Il sera le second satellite américain. Le 29 juillet 1958 est fondée la NASA (National Aeronautics & Space Administration), l'agence gouvernementale responsable du programme spatial américain pour mettre, une bonne fois pour toutes, un terme aux rivalités entre les différentes branches de l'US Army ayant émaillé le lancement du premier satellite américain. L'honneur des États-Unis était en partie retrouvé, mais le porte-drapeau du bloc capitaliste se jurait de ne plus jamais être en retard dans la course à l'espace. Ce qu'il ne savait pas alors, c'est que l'avance soviétique était plus importante encore qu'il ne l'imaginait. Le chemin vers la suprématie spatiale était encore long, et il lui faudrait jusque-là accepter bien des succès de l'adversaire, d'autant que Khrouchtchev entendait aller plus loin dans la confirmation de la supériorité spatiale du bloc communiste dans le domaine de l'espace. Néanmoins une chose était sûre : la course était définitivement lancée.

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Du V2 à la Lune... (Partie 4)

spoutnik

Un bip-bip qui révolutionna le monde

4 octobre 1957, 22h28 heure de Moscou. Dans l'abri souterrain, autour de Sergueï Korolev l'atmosphère est tendue. Le compte à rebours résonne tandis que les projecteurs dévoilent une scène étrange : un missile de 30 mètres de haut pesant 273 tonnes est pointé tout droit vers le ciel. Soudain, la mise à feu. Un bruit assourdissant secoue le cosmodrome de Baïkonour. Un épais nuage de fumée orangée envahit la steppe kazakhe. C'est une fusée soviétique R7 qui décolle, embarquant avec elle une sphère de 80 kg munie de 4 longues antennes. Pour s'assurer du succès du lancement, il faut encore attendre le retour du signal radio. Une attente longue, inquiétante quasi oppressante puis cent minutes plus tard, un « bip-bip » faible, puis de plus en plus net s'égrène dans les écouteurs, capté également par les radio-amateurs du monde entier sur les fréquences 20,005 et 40,002 MHz. Spoutnik, « compagnon de route » en russe, devient le premier satellite artificiel de la Terre. Jusqu'au 4 janvier 1958, Spoutnik-1 tournera autour de la planète en 96 minutes, à une altitude comprise entre 230 et 950 km. Ainsi commence véritablement l'une des plus incroyables aventures technologiques de tous les temps : la conquête spatiale. En ce soir du 4 octobre, c'est l'explosion de joie à Baïkonour. L'espace est désormais à la portée de l'homme. C'est l'euphorie parmi les techniciens et les ingénieurs. Très ému, Sergueï Korolev se retourne vers ses collaborateurs « Aujourd'hui nous avons réalisé le rêve des plus brillants Hommes ayant jamais vécu, parmi eux, notre grand scientifique Konstantin Eduardovich Tsiolkovski. J'ai attendu ce jour toute ma vie ! » Prévenu par Korolev en personne, Nikita Khroutchev, le secrétaire du parti, ne marmonna pourtant que quelques mots de félicitations et alla se coucher. Le lendemain, le quotidien du Parti communiste, la Pravda, accorda à peine une petite colonne à l'information. Les dirigeants soviétiques mesuraient mal l'ampleur de l'évènement. Après tout, ce lancement était surtout destiné à tester le R-7 Semiorka, un missile balistique intercontinental conçu par Korolev, destiné à l'origine au transport de charges nucléaires. Outre-Atlantique en revanche c'est le choc. Le Herald Tribune afficha ainsi à sa une des phrases chocs comme : « Pearl Harbor technologique », « une grande défaite des Etats-Unis » La claque fut d'autant plus magistrale que les Soviétiques prouvaient ainsi, et c'est bien ce qui inquiétait le plus l'armée américaine, qu'ils avaient la capacité d'atteindre les Etats-Unis avec un missile nucléaire et qu'il fallait regarder désormais l'URSS comme une superpuissance militaire. Spoutnik est autant un trophée militaire que spatial.

La R7, ou Semiorka, véritable monstre d'acier, est la lointaine descendante des R1 et R2 de la fin des années 1940. Elle répond à une commande des autorités soviétiques de développer un missile intercontinental capable de transporter des bombes H sur des milliers de kilomètres. La conception de la R7 est originale : un corps central auquel sont accolés quatre accélérateurs. En effet, ne disposant pas de la technologie nécessaire à la réalisation de moteurs très puissants, Korolev dut contourner cette difficulté en assemblant des moteurs en faisceaux, dont la conception fut confiée à Glouchko. (3) Le projet était monumental : la fusée développait ainsi 500 tonnes de poussée avec pas moins de 32 chambres de combustion brûlant un mélange de kérosène et d'oxygène liquide ! Ces caractéristiques poussèrent les Soviétiques à construire un nouveau pas de tir à Tyura Tam dans les steppes du Kazakhstan, au bord du Syr-Daria. De 1955 à 1956, des millions de m3 de terre furent déplacés afin de créer une gigantesque plate-forme de lancement pour la R7. Ce site, éloigné de tout, permettait la retombée des étages en vol, l'implantation de station de mesure et évitait les regards indiscret.s Passé à la postérité sous le nom de Baïkonour, la nouvelle base de lancement est pourtant située à près de 370 km de cette petite ville kazakhe. Les officiels soviétiques avaient en effet baptisé ce nouveau cosmodrome ainsi dans une tentative assez vaine de cacher sa localisation exacte aux puissances étrangères. Le nom de Baïkonour était même signalé à l'entrée de la base afin de leurrer les occidentaux.

histo22_IUtiliser le missile R7 comme lanceur spatial à des fins scientifiques ne semblaient pas une évidence aux yeux des autorités russes (les hauts gradés de l'armée considéraient d'ailleurs le satellite « comme un gadget, un fantasme idiot de Korolev. ») et Sergueï Korolev dut se battre avec acharnement pour obtenir les autorisations nécessaire, profitant même d'une inspection du premier secrétaire du parti communiste en personne (Nikita Khrouchtchev depuis la mort de Staline en Mars 1953) pour débloquer la situation. Ironie du destin, la R7 fut au final un bien piètre missile balistique. Le projet initial comportait le lancement d'un véritable laboratoire orbital appelé Objet D pesant près de 1,3 tonnes ! Mais en Janvier 1957, voyant que l'Objet D ne serait pas prêt à temps, Korolev préféra abandonner son projet (l'Objet D sera finalement lancé le 15 Mai 1958 sous le nom de Spoutnik 3) pour un satellite simplifié, Spoutnik, une simple sphère de 80 cm de diamètre, pesant 50 kg, remplie d'azote et équipée d'un émetteur radio ondes courtes d'une durée de vie de 20 jours. De nombreux contretemps vinrent également affecter les tests effectués sur le lanceur du Spoutnik, la Semiorka. En mai, le Kremlin donna son feu vert pour le premier essai de la R7, ce sera un échec. Le 15 mai, après de nombreux reports du à la météo et aux derniers problèmes techniques, la fusée décolla mais déviant de sa trajectoire, elle explosa 300 km plus loin. Le deuxième essai eut lieu le 12 juillet mais un court circuit fit exploser la fusée avec seulement 40 secondes de vol. Il faudra attendre un troisième tir, le 25 août, pour connaître enfin le succès. Après séparation, l'ogive expérimentale rentra dans l'atmosphère et retomba à l'endroit visé dans la lointaine Sibérie. Fort de ce succès et des suivants, la décision fut prise de fixer le lancement du Spoutnik le 5 octobre de la même année. Un lancement effectué dans le plus grand secret qui stupéfia le monde et abasourdit les Américains. Il fut suivi un mois plus tard d'une autre grande première : le 3 novembre 1957, Spoutnik 2 emmena à son bord le premier être vivant dans l'espace, la chienne Laïka. Premier animal sacrifié aux rêves de conquête spatiale également puisque le programme ne prévoyait aucune récupération possible (le Spoutnik n'étant pas équipé pour ce genre de manœuvre et était destiné à se consumer lors de son retour dans l'atmosphère). La cabine pressurisée, dans lequel se trouvait Laïka, était soudée au dernier étage du lanceur. La petite chienne survécut à peine quelques heures au lancement avant de décéder de stress et de surchauffe, probablement due à une défaillance du système de régulation de température. Malgré la mort de Laïka, l'expérience prouva qu'un être vivant pouvait survivre à un vol en orbite autour de la Terre et subir les effets de l'impesanteur, une voie dans laquelle les Soviétiques n'allaient pas tarder à s'engouffrer...

(3) Au milieu des années 50, Korolev faisait face à de nombreux problèmes de développement, technologiques mais aussi humains, pour répondre aux commandes du Soviet Suprême concernant le transport des toutes nouvelles armes nucléaires. Pour surmonter ces difficultés, il faisait attention à maintenir le support de son défenseur le plus important, Staline, en personne dont l'avis était définitif dans toutes les décisions importantes. Nikita Khrouchtchev fait un compte­rendu amusé de cette période charnière dans ses Mémoires : « Tant que Staline était en vie, il monopolisait complètement toutes les décisions concernant la défense nationale, incluant ­ je dirais même spécialement ­ celles touchant les armes nucléaires et les moyens des les lancer. Nous étions parfois présents quand de tels sujets étaient discutés, mais il ne nous était pas permis de poser des questions. Par conséquent, quand Staline mourut (N.B. : début mars 1953), nous n'étions pas vraiment préparer à porter le fardeau qui tomba sur nos épaules... Peu de temps après sa mort, Korolev est venu présenter son travail lors d'une réunion du Politburo. (...) Quand il nous a montré une de ses fusées, nous avons pensé qu'elle ne ressemblait à rien, peut­être à un cigare énorme ! Korolev nous invita à faire un tour de la plate­forme de lancement et essaya de nous expliquer comme la fusée fonctionnait. Nous étions comme des paysans dans un marché. Nous marchions autour de la fusée, la touchant, la « tâtant » presque, la tapant pour voir si elle était assez solide... »

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24 mars 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 3)

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L'Amérique, une prison dorée...

Après sa reddition aux soldats alliés le 2 mai 1945, Werner von Braun fut très rapidement mis à l'abri par les Américains. Lui et les autres techniciens de Peenemünde furent regroupés dans une ancienne caserne à Landshut (Sud-Est de la Bavière). Pendant un mois leur sort fut indécis. Les Anglais demandaient avec insistance, aidés en cela par les Soviétiques, que Von Braun soit jugé comme criminel de guerre, pour les centaines de morts causés par l'envoi de ses V2 sur Londres et Anvers. L'armée américaine décida finalement, à titre conservatoire, d'en transférer 117, le 29 septembre 1945, au fort Standish, une île du port de Boston (Massachusetts). Entrés sans visa aux Etats-Unis (officiellement, ils n'existent pas), ils durent attendre un décret spécial signé de la main du président Harry Trumann, une loi d'immigration spéciale, qui permettra leur venue officielle sur le sol américain. En parallèle, près de 300 véhicules furent réquisitionnés pour permettre le transport des éléments des fusées, des machines outils, des instruments de laboratoire et des manuels de fabrication d'Allemagne jusqu'en Angleterre, d'où ces éléments gagnèrent ensuite par bateau et par train le site militaire de Fort Bliss au Texas et la base de White Sands, dans le désert du Nouveau Mexique. Transférés eux-aussi à Fort Bliss, Von Braun et son équipe s'attelèrent à la reconstruction des V2, dont les pièces avaient souffert lors de leur transport et commençaient à se couvrir de rouille. Au secret, sous surveillance constante de techniciens Américains, les transfuges procédèrent à une série de tirs dans le désert, histoire de montrer leur savoir-faire. Dans les baraquements, l'oisiveté règnait. Dehors, la chaleur était étouffante. Ce huis clos fut d'autant plus pesant que les Allemands s'inquiétaient : ils n'avaient qu'un contrat d'un an et craignaient d'être ensuite renvoyés en Europe. « Nous sommes des prisonniers de paix », se plaignit même Von Braun. Les techniciens allemands furent également assez rapidement dépités de constater que les Américains, n'avaient aucune directive à leur fournir pour encadrer leurs travaux ... Aussi, les techniciens allemands se contentèrent d'équiper leurs V2 de charges scientifiques et à les envoyer dans la haute atmosphère pour y effectuer différentes mesures. Pas moins de soixante-sept V2 furent tirés en vingt mois (entre avril 1946 et novembre 1947). L'un de ces tirs faillit virer à l'incident diplomatique : fin Mai 1947, l'une des fusée tirée depuis la base de White Sands s'écarta dangereusement de sa trajectoire initiale pour finalement aller s'écraser ... de l'autre côté de la frontière mexicaine, à moins de cinq kilomètres d'un quartier densément peuplé de la ville de Juarez. Ce couac obligea Washington à expliquer très rapidement aux Mexicains qu'il ne voulait en aucun cas lancer une attaque de missiles contre leur pays... Après ces débuts assez éprouvants, la levée du secret, dès 1946, rassura enfin la « German Team ». Ils étaient enfin libres de leurs mouvements et pouvaient sortir de la base. La ville voisine d'El Paso, devint pour eux un lieu d'excursion : ils en profitèrent pour goûter au mode de vie américain, aller au cinéma, etc... Surtout l'armée américaine leur proposa, enfin, des contrats de cinq ans pour développer des missiles à longue portée. En attendant ces lointains projets, Von Braun obtint une permission de sortie et fila, sous escorte discrète, se marier en Allemagne avec sa jeune cousine de 18 ans, Maria Luise von Quistorp.

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Durant l'été 1950, les laboratoires de développement et d'essais et ses ingénieurs furent transférés à l'arsenal Redstone à Huntsville dans l'Alabama. Une ville plus connue pour être la capitale mondiale du cresson que pour son arsenal quasi à l'abandon, c'est dire ! Von Braun fut alors nommé directeur du centre des missiles balistiques de l'armée. En moins de trois ans, son équipe parvint à développer le premier missile américain, précisément baptisé Redstone, basé sur le design du V2, et dès août 1953, les premiers missiles Redstone purent être testés à Cap Canaveral. Pour autant, le gouvernement se méfiait des ingénieurs allemands et craignaient l'effet de leur mauvaise réputation auprès du public. Le directeur du FBI, Edgar Hoover, qui surveillait de très près les faits et gestes de ces transfuges, tenta à plusieurs reprises de bloquer les projets de Von Braun. Les programmes de missiles, tous concurrents, se diversifièrent donc. Chaque branche de l'armée américaine travaillait sur ses propres projets : l'US Navy avec les fusées Viking ou bien encore l'US Air Force et son missile Atlas. Dès lors, lorsque les Etats-Unis annoncèrent en juillet 1955 leur intention de lancer un satellite artificiel au cours de l'année géophysique internationale (Juillet 1957-Décembre 1958), il n'allait pas forcément de paire que ce programme serait mené par l'équipe de Von Braun. Un Allemand à la tête du premier programme spatial américain ne ferait pas bonne figure dans l'esprit de l'opinion américaine pensait-on à Washington. Et pourtant, Werner von Braun, et nombre de ses assistants, avaient acquis la nationalité américaine au terme d'un long processus en avril 1955.

L'armée exigeait évidemment la discrétion la plus absolue sur les activités balistiques, classées « secret défense », de cette étrange communauté scientifique. Disciplinés, les nouveaux venus s'exécutèrent. Sur les contreforts des Appalaches, dominant Huntsville, à Monte Sano, Von Braun consacrait ses loisirs à la construction d'un observatoire, l'astronomie étant l'un de ses passe-temps favoris, avec l'aviation. Son premier laïus, au club Kiwani local (équivalent des Rotary ou Lions Club), laissa bouche bée les fermiers du cru, auxquels il parla de « navette spatiale ». Hors du comté, certains le trouvèrent même assez grande gueule. N'avait-t-il pas publié dans la presse un scénario annonçant une mission vers Mars d'ici à 1980 ? Quel projet fou à une époque où aucun être humain a, ne serait-ce que dépasser les limites de l'atmosphère terrestre ! Sa démarche fascina pourtant au moins un homme : Walt Disney, qui lui confia l'écriture d'une série télévisée sur l'homme dans l'espace. Il faut dire que Von Braun avait une force de caractère assez exceptionnelle, doublé d'un certain charisme et de dons de séducteur. Il collabora avec le Pape du dessin animé sur trois programmes télévisés pédagogiques aux noms évocateurs Man in Space, Man and the Moon et Mars and Beyond. Ces films, qui avaient pour but de vulgariser le programme spatial américain, lui permirent de gagner une certaine popularité parmi le grand public et de populariser ses rêves de conquête spatiale. Le réveil sera très rude pour l'Amérique un certain vendredi 4 octobre 1957 !...

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14 janvier 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 2)

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Korolev, l'homme du goulag...

Pour encadrer les scientifiques allemands et exploiter les divers débris et plans du V2 à leur disposition, les Soviétiques firent appel à toutes les éminences grises du pays et notamment sur recommandation de Valentin Glouchko, alors en charge de la conception des moteurs des missiles russes, à un dénommé Sergueï Korolev. Un choix non sans équivoque puisque ce dernier venait à peine de purger une peine de prison sur dénonciation de ... ce même Glouchko ! Arrêté en juin 1938 au cours des purges staliniennes, simplement parce qu'il avait eu le malheur de travailler sous les ordres du jeune maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, un des créateurs de l'Armée rouge moderne soupçonné par Staline de vouloir le renverser, Korolev fut condamné à dix ans de goulag pour « activités anti-communistes ». Transféré de prison en prison, il se retrouva en octobre 1939 dans la plus redoutable de toutes, un goulag de la Kolyma, dans l'extrême orient de la Sibérie. De l'enfer glacé de cette mine d'or, il gardera comme séquelles à vie une mâchoire fracassée durant un interrogatoire ainsi qu'une santé des plus fragiles. Après onze mois de ce régime de travaux forcés, Korolev fut finalement transféré dans une charaga, sorte de résidence surveillée pour savants, d'où il est libéré en juin 1944. La fin d'une longue disgrâce pour un ingénieur qui avait pourtant été avant-guerre un des rouages clés de la recherche aéronautique soviétique travaillant particulièrement sous la direction d'Andreï Tupolev. Né le 12 janvier 1907 à Jytomyr, ville provinciale du centre de l'Ukraine, alors partie de la Russie impériale, Sergueï Korolev voyait ainsi se présenter à près de 40 ans l'occasion de poursuivre son rêve de toujours : l'exploration de l'espace.

En août 1946, Korolev fut ainsi nommé chef du bureau d'études expérimentales OKB-1, intégré au NI-88, département nouvellement créé et chargé du développement et de l'industrialisation des missiles basés sur des V2. Sous sa houlette, le soviétiques apprendront à faire des fusées grâce aux pièces saisies et à l'aide des techniciens allemands emmenés en URSS qui redessinèrent fidèlement les plans des V2. Une entreprise minutieuse pour laquelle ils reçurent une aide inattendue, un cadeau quasi extraordinaire : une partie des plans originaux des V2 ! L'histoire est plutôt rocambolesque mais elle fera gagner de précieux mois à l'équipe soviétique, qui s'apprêtait donc à tout redessiner. Durant la débâcle, des SS avaient évacué ces plans ultra-secrets vers Prague. Par un curieux concours de circonstances, ils s'étaient retrouvés dans un wagon de chemin de fer. Accroché à un train de caisses de bière Pilsen, en partance pour Moscou, ce wagon faisait partie d'un don du tout nouveau gouvernement tchécoslovaque à Staline. Nul doute que ce dernier sut apprécier le cadeau à sa juste mesure... Ne restez qu'à traduire ses plans allemands en russe, les compléter et les corriger si besoin pour pouvoir démarrer une chaîne de fabrication.


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Le travail effectué aboutira en 1947 au lancement du premier missile balistique russe, le R1, certes ni plus ni moins qu'une simple copie des V2 allemandes mais qui servira de point de départ au programme spatial soviétique. Un travail effectué sous la surveillance constante des hommes du NKVD, et de leur responsable, le général Ivan Serov. Une véritable épée de Damoclès suspendue en permanence au dessus de la tête des techniciens. La moindre incartade au règlement de sécurité, le moindre incident technique faisaient planer l'accusation de sabotage... pour ceux qui sortaient à peine du goulag, Korolev en tête, et pour les autres, la menace était tout sauf vaine ! Le premier essai d'un R1, courant octobre 1947, faillit d'ailleurs tourner au drame, et l'avenir des scientifiques subitement s'obscurcir, lorsque la trajectoire du missile s'infléchit dangereusement vers la gauche, se dirigeant même vers la ville de Saratov, peuplée à l'époque de près d'un demi-million d'habitants ! Par chance, la R1 ne franchit que 231 km. Mais elle avait bien dévié de la trajectoire prévue : 180 km sur la gauche. Après ce premier essai mi-figue mi-raisin, dix fusées de conception allemande furent lancées de la base de Kapustin Yar, près de Stalingrad, durant les mois suivants. Cinq seulement atteignirent leur but, soit un taux de « réussite » voisin de celui atteint par les V2 tirés pendant la guerre. A vrai dire, peu satisfaisant... Moderniser la fusée s'avérait urgent : les techniciens soviétiques estimèrent avoir exploité au maximum les connaissances des Allemands, qui furent donc dès lors assez vite exclus du programme spatial et renvoyés en Allemagne de l'Est. La nouvelle R1 « russifiée », fabriquée à une vingtaine d'exemplaires, subit une campagne de tirs en automne 1948. Seules, neuf fusées parvinrent à décoller. Parmi elles, deux ratèrent leur cible... Le chemin de la fiabilité est long et tortueux mais à l'aune de ces premiers succès plutôt prometteurs, Korolev devint un personnage clé, un élément primordial dans les réussites futures aux yeux du Soviet Suprême. Il dut donc, signe de la paranoïa galopante enveloppant ces premières années de la Guerre Froide, cesser officiellement d'exister, devenir anonyme, n'être plus qu'un homme sans nom auquel on faisait uniquement référence par son grade d'ingénieur en chef...

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05 janvier 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 1)

histo121 Juillet 1969. Mer de la Tranquillité. Buzz Aldrin pose pour l'éternité. Cette photo a fait le tour du monde, au point d'être considérée aujourd'hui par certains comme la photo du XXème siècle. Elle marque l'apogée de la course à l'espace, de cette rivalité technico/scientifique qui vit s'opposer les deux superpuissances américaine et soviétiques au cœur de la Guerre Froide. Rivalité entre deux blocs, deux idéologies mais aussi, et surtout, deux hommes : Werner Von Braun et Sergueï Korolev. Deux scientifiques aux destins extraordinaires tous deux mus par un même rêve fou : repousser les limites du possible en envoyant des êtres humains dans l'espace. Un rêve insensé, une chimère totalement irréaliste qui allait pourtant devenir, en l'espace de quelques décennies, réalité...

Von Braun et Korolev, deux noms, l'un mondialement connu, l'autre presque remisé au rebus de l'histoire et quasi ignoré du grand public, étrange paradoxe symptomatique de ce monde bipolaire. Un des meilleurs scientifiques de l'Allemagne nazie, passé du côté Américain au terme d'une incroyable « chasse à l'homme », face à l'un des plus éminents scientifiques de l'Union Soviétique sorti du goulag pour devenir le directeur du programme spatial de son pays. L'un comme l'autre furent à l'origine des plus grandes avancées dans la conquête spatiale comme le lancement du premier satellite artificiel, le premier homme dans l'Espace ou bien sûr le premier pas de l'homme sur la Lune.

La course à Von Braun - De Peenemünde à Fort Bliss...

Les missiles V2, V pour vengeance (Vergeltung), l'arme secrète qui suscitait le fol espoir de l'Allemagne Nazie de renverser le cours de la Seconde Guerre Mondiale dans les dernières semaines de ce conflit meurtrier. Ce bijou technique, d'une portée de 350 km, pouvait atteindre plus de quatre fois la vitesse du son et frappait Londres en quelques minutes. L'homme à l'origine de ce projet n'est autre que Werner von Braun, directeur technique du centre de Peenemünde, au bord de la Mer Baltique. Von Braun et son équipe travaillent à la mise au point et à l'élaboration de cette nouvelle arme stratégique depuis le début de la guerre en 1939. Pour le jeune ingénieur, ce succès technique est une consécration. Né le 23 mars 1912 à Wirsitz, aujourd'hui en Pologne, il est le deuxième des trois fils du baron Magnus von Braun, qui sera ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de la république de Weimar, et d'Emmy von Quistorp. Il étudie la technologie à l'Institut de Charlottenburg, puis à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich, avant de rentrer à Berlin où il obtiendra notamment son doctorat en physique (dont la thèse avait comme sujet la propulsion des fusées). Sa vocation est particulièrement précoce. Dès 1930, à l'âge de 19 ans, il rejoint un petit groupe de techniciens allemands (au nombre desquels Hermann Oberth, pionnier allemand de l'aérospatiale qui fera, bien des années plus tard, partie de l'équipe réunie à Peenemünde), la Société pour la navigation dans l'espace (Verein für Raumschiffahrt, VfR) qui cherche à construire et à expérimenter de petites fusées. Comprenant rapidement que s'il veut poursuivre ses rêves de conquête spatiale il nécessite de moyens plus importants, Werner von Braun rejoint rapidement l'armée avant d'adhérer au parti nazi en 1937. En 1940, il intègre d'ailleurs la SS comme Untersturmführer puis est promu trois fois par Himmler pour atteindre le grade de Sturmbannführer.

histo2A la fin de la guerre, les Etats-Unis, conscients des avancées technologiques de l'Allemagne nazie, décident d'exfiltrer des scientifiques allemands pour bénéficier de leurs compétences, lançant l'Opération Paperclip (1). Wernher von Braun est une des cibles de ce programme. Mais l'Union Soviétique n'est pas en reste et compte, elle aussi, récupérer les plans et les hommes à l'origine des V2. Devant l'avancée des troupes soviétiques, la décision d'évacuer le site stratégique de Peenemüde fut prise. Les Soviétiques perdirent là l'occasion de faire main basse sur la technologie des missiles mais parvint néanmoins à récupérer de nombreux plans. Werner von Braun avait, lui également, fui les bords de la Baltique, grâce à de faux sauf-conduits qui trompèrent la vigilance des SS, pour le complexe de production des V2 (à Dora-Mittelbau) situé au cœur de l'Allemagne. Le front se réduisant, son supérieur militaire obligea son équipe d'ingénieurs à fuir à nouveau, vers les Alpes bavaroises d'où il parvint à prendre contact avec les Américains. Le 2 mai 1944, une patrouille de l'armée américaine à Reutte, dans le Tyrol autrichien, vit en effet arriver vers elle un homme qui leur déclare « Je suis Magnus von Braun, le frère du grand ingénieur constructeur de fusées Wernher von Braun, que vous recherchez ardemment, de même que les Soviétiques. Il ne veut se rendre qu'aux Américains, et fuir le plus loin possible des Russes. Etes-vous d'accord ? ». Le capitaine américain qui commandait la patrouille donna son accord. Et deux heures plus tard, au lieu convenu, Wernher von Braun (il a un bras plâtré, à la suite d'un accident d'automobile) se rendit en souriant, ainsi que ses collaborateurs les plus proches, aux soldats américains. Il leur indiqua également la cachette où il avait camouflé 14 tonnes de documents. L'un des plus éminents ingénieurs de son époque venait ainsi de passer dans le camp américain et avec lui le plus clair de son équipe. (2) L'opération Paperclip avait réussi. L'Amérique a ses cerveaux. L'usine de production de Dora-Mittelbau (sombre réseau de tunnel rattachée au camp de Buchenwald) fut, quant à elle, libérée par les troupes américaines mais se retrouva située en future zone soviétique au terme des accords sur la division de l'Allemagne. Les Américains eurent alors un mois pour démanteler l'usine de production et emmener ingénieurs et matériel (pièces démontées provenant de 100 V2) par voie ferrée jusqu'en zone alliée, puis jusqu'aux Etats-Unis. Ne resta aux Soviétiques après la passation qu'une usine partiellement démontée. Ils ne purent s'adjoindre la collaboration que d'une petite partie des ingénieurs ayant collaboré avec Von Braun (notamment Hermann Gröttrup) pour reconstituer la propulsion verticale de leur propre misisle balistique. Tout d'abord regroupé en Allemagne, les ingénieurs et techniciens qui avaient choisi de travailler pour les russes autour de cette usine se retrouvèrent finalement à Moscou, afin de développer ce secteur technologique d'une importance capitale sur lequel l'URSS semblait partir avec une longueur de retard.

(1) L'opération Paperclip concernera aussi des scientifiques comme Hans von Ohain, l'un des inventeurs du moteur à réaction, Kurt Lehovec, pionnier dans le domaine des circuits intégrés, mais aussi bien d'autres scientifiques plus ou moins controversés pour leur rôle lors de la Seconde Guerre Mondiale.

(2) Le colonel américain Joe Holmes cabla d'ailleurs cet étonnant télégramme à Washington « Ai sous la main personnel qui dirigeait les recherches à Peenemünde. Ont construit V2. Crois développement important pour la guerre du Pacifique. Sont désireux continuer dans d'autres pays offrant possibilités, de préférence USA, puis Angleterre, enfin France. »

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27 août 2009

Jeu, set et match !

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WIMBLEDON

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LIVERPOOL

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Rarement surnom n’aura été aussi mérité que celui dont la presse affubla l’équipe de Wimbledon du début des années 80 jusqu’au milieu des années 90 : « The Crazy Gang » ! Un groupe adepte des stages commando et d’un jeu d’une simplicité confondante, une bande d’écervelés qui jouait comme elle buvait : dur ! Une équipe de sociopathes à la réputation sulfureuse dont Vinnie Jones était le leader, l’âme, le chef de gang … c’est selon. Dans le petit village norvégien de Sandane, coincé entre deux fjords, à 250 kilomètres au nord de Bergen, on se souvient encore de Vinnie Jones. A l'été 1994, le Gallois patibulaire et ses camarades du Wimbledon FC étaient venus y disputer un match amical contre l'équipe locale. Cela aurait pu être une sortie au grand air, idéale pour préparer la saison. Mais Jones avait d'autres plans en tête. La veille du match, il fuma des cigarillos à la chaîne, dansa cul nul sur la scène de l'unique pub du coin, goûta le tord-boyaux maison distillé en toute illégalité et se battit derrière la laiterie. Puis il loupa le départ du bus et dut courir 20 bornes pour aller au stade. Les joueurs de Sandane le virent quelques minutes avant la rencontre, affalé sur le canapé du club-house. Cela promettait donc un match tranquille, sans hématomes. Las, à quelques secondes du coup d'envoi alors que la sono grondait dans le vestiaire de Wimbledon, Vinnie Jones passa la tête dans l'embrasure de la porte et gueula « Let's f...ing kill them ! » (« Allez, on va les étriper ! »). Les Anglais l'emportèrent 4-0, et l'adversaire direct de Jones finit le front en sang. « C'est bon pour la santé », lui glissa le Gallois. L'épopée de Sandane reste un des derniers chapitres d'un trip pour le moins rock and roll entamé en 1986. Cette année-là, Vinnie Jones et John « Fash » Fashanu rejoignirent le repère exigu de Plough Lane, où évoluaient déjà une tête brûlée nommée Denis « Ratboy » Wise et Lawrie Sanchez. Admis au sein de la Football League (qui regroupait à l’époque les quatre plus hautes divisions anglaises) en 1977 à la place de Workington, Wimbledon n’avait pourtant guère sa place sur la carte footballistique de l’Angleterre. Un nain du ballon rond, comparé à la multitude de clubs existant à Londres, au palmarès famélique voire même inexistant. Et pourtant à partir de 1982, l’équipe connut une ascension météorique, passant des bas-fonds de la Division 4 au ventre mou de l’élite, voir même mieux avec cette sixième place (sur 22 clubs) conquise à l’issue de l’exercice 86/87.


Sous l'égide d'un président complètement allumé lui aussi, l'homme d'affaires libanais Sam Hammam (qui paraît-il rêvait d’acheter Chelsea et faute de quoi s’était reporté sur Wimbledon sur conseil … d’un chauffeur de taxi), l’équipe se fit connaître par son jeu pour le moins rudimentaire et son attitude frondeuse, voire carrément provocatrice sur et en dehors du terrain. Les Dons développaient un style de jeu particulièrement musclé et reposant principalement sur des grands ballons devant, ce que le coach Dave Bassett appellera le « route one football », et qui consistait, de façon moins imagée qu’il n’y paraît, à prendre la route la plus courte jusqu’au but adverse. La presse détestait ce jeu basique, rugueux, si peu sophistiqué qu'il se trouva souvent taxé d'amateur. L’élégant Gary Lineker déclara même un jour que le « meilleur endroit pour regarder un match de Wimbledon, c’est devant le télétexte de la BBC ». Les supporters adverses détestaient aussi, car le style était intense et s'avérait terriblement difficile à jouer. En coulisses, les joueurs étaient excentriques, bruyants, machos, volontiers blagueurs, et toujours impossibles à gérer. La plupart de temps, le coach devait faire le tour des pubs pour aller chercher ses joueurs avant le match, et c'est souvent saouls et dans des costards cramés que ces derniers se présentaient aux conférences de presse d'après match. La première, et unique, équipe de football punk en somme. So british ! Pourtant, cet équilibre sur le fil va créer un esprit d'équipe unique dans l'histoire, basé sur une résistance très prolétaire, à la « nous contre le monde entier ». Vinnie Jones, John Fashanu, Dennis Wise et Nigel Winterburn sont les plus célèbres des joueurs ayant donné ses lettres de noblesse au Crazy Gang. Des années de blagues potaches (dont la fameuse rangée de fesses pour saluer l’adversaire), de beuveries, de jeu rudimentaire. En 1987, une image devint la marque de fabrique du Crazy Gang. Agacé par un ailier virevoltant aux bouclettes brillantes, Vinnie Jones lui caressa gentiment les testicules pour le calmer. Paul Gascoigne, sa victime, tira une tête de six pieds de long, immortalisée par un photographe. (*) Il est, de toute façon, souvent question de parties génitales avec la bande de la banlieue londonienne. Sam Hammam, aimait descendre à la mi-temps pour motiver ses gars : « Si vous perdez, je vous fais bouffer des couilles et de la cervelle de chameau ce soir ! ». Un président totalement fantasque qui promit, par exemple un jour, un chameau (décidément !) au buteur Dean Holdsworth s'il atteignait les 20 buts dans la saison, ou menaça les joueurs auteurs de mauvaise performance avec... des places pour l'opéra.


Feuille du match : Wimbledon FC - Liverpool FC 1-0

But : 
Wimbledon : Lawrie Sanchez (37e). 

Lieu : Londres, Wembley (Empire Stadium) 

Date : 14 Mai 1988 

Arbitre : M. Brian Hill 

Affluence : 98 203 spectateurs 

Composition des équipes : 

Wimbledon : Dave Beasant (cap.) - Clive Goodyear, Terry Phelan, Vinnie Jones, Eric Young, Andy Thorn, Terry Gibson (John Scales, 63ème), Alan Cork (Laurie Cunningham, 56ème), John Fashanu, Lawrie Sanchez, Dennis Wise. Entr.: Bobby Gould.

Liverpool : Bruce Grobbelaar - Gary Gillespie, Gary Ablett, Steve Nicol, Nigel Spackman (Jan Mølby, 74ème), Alan Hansen (cap.), Peter Beardsley, John Aldridge (Craig Johnston, 64ème), Ray Houghton, John Barnes, Steve McMahon. Entr.: Kenny Dalglish.

 

Le Match :


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L’heure de gloire pour le Crazy Gang vint lors de la saison 1987/88 grâce à un parcours mémorable en FA Cup. Après avoir éliminé West Bromwich Albion (4-1), Mansfield Town (2-1), Newcastle United (3-1), Watford (2-1) et finalement Luton Town (2-1) en demi-finales à White Hart Lane, Wimbledon se hissa jusqu’en finale. Côtés à seulement 33-1 avant leur entrée en lice au troisième tour, les Dons avaient déjoué tout les pronostics. Mais l’adversaire qui se présentait fin mai sur la pelouse de Wembley était d’un tout autre calibre. Liverpool, emmené par son entraîneur-joueur Kenny Dalglish, avait largement terminé en tête du championnat, 9 points devant Manchester United, restant invaincu durant 29 journées pour ne concéder au final que deux petites défaites ! Le duo de recrues – l’ailier John Barnes (débauché de Watford pour à peine 900 000 £) et l’attaquant Peter Beardsley (venu de Newcastle contre 1,9 millions de livres) – avaient parfaitement rempli leurs rôles et levé les doutes né du départ en début de saison de Ian Rush pour la Juventus Turin. Une attaque parfaitement rodée, menée par l'expérimenté John Aldridge, et une défense solide dont le dernier rempart était l’excentrique mais talentueux zimbabwéen Bruce Grobbelaar : ces Reds-là faisaient surement parti des meilleures équipes de l’histoire du club. Pour beaucoup, il était impossible que Liverpool puisse perdre face à Wimbledon, spécialistes des ballons longs et du jeu viril. Pour certains, une victoire des Scousers était même essentiel au futur du beau jeu outre-Manche, une sorte de triomphe du bien sur le mal, du classicisme sur la décadence.


En vue de cette opposition de style, Don Howe, assistant de Bobby Gould sur le banc de Wimbledon, avait mis au point un plan anti-John Barnes en le privant de ballon. Une tactique payante puisque le joueur d’origine jamaïcaine ne put donner sa pleine mesure et resta muet durant la rencontre. Le match allait être engagé. Le ton était d’ailleurs donné dès le coup d’envoi puisqu’après, à peine, 10 secondes de jeu, Vinnie Jones avait déjà aplati le premier Red passé près de lui. Le début de rencontre tournait à l’avantage de Liverpool qui se procura plusieurs occasions nettes mais tomba sur une Dave Beasant en grande forme. A la 35ème minute, un long ballon atterrit dans les pieds de Peter Beardsley, seul à l’entrée de la réparation. L’ancien de Newcastle ne laissa pas passer sa chance et s’en alla battre Beasant d’une petite balle piquée. Ouverture du score pour Liverpool mais la joie est de courte durée car le but est refusé pour une faute peu évidente de ce même Beardsley lors d’un contact épaule contre épaule avec Andy Thorn. Mais, pardonnez la lapalissade, dominer n’est pas gagner et le manque de réalisme des Reds allait leur être fatal. 37ème minute, coup-franc pour Wimbledon près du poteau de corner. Le ballon de Dennis Wise trouva la tête de Lawrie Sanchez au premier poteau qui, d’une tête croisée, envoya le ballon au fond des filets du pauvre Grobbelaar, totalement impuissant sur sa ligne de but. Les Dons faillirent même doubler la mise avant la mi-temps lorsque le tir de Terry Gibson, dans un angle pourtant fermé, vint frapper la barre transversale. Liverpool était sonné mais pas K.-O. Dès le retour des vestiaires, Beasant devait s’employer pour préserver sa cage inviolée devant les tentatives de Ray Houghton ou d’Alan Hansen. La chance semblait du côté londonien lorsqu’à la 61ème minute, Clive Goodyear tacla sèchement par derrière John Aldridge, parfaitement lancé dans la surface de réparation. L’arbitre, Brian Hill, n’hésita pas et désigna immédiatement le point de penalty. Les contestations des joueurs de Wimbledon qui considéraient que Goodyear avait joué le ballon n’y changèrent rien. Aldridge, meilleur buteur de D1 avec la bagatelle de 26 buts, décida de se faire justice lui-même. Frappe à mi-hauteur sur la gauche du gardien déviée d’un magnifique plongeon par le grand (1m93) Dave Beasant. Le ciel tombait sur la tête du pauvre Aldridge qui était un très bon tireur de penalty mais qui avait l’inconvénient d’être assez prévisible tout ces précédents penalties cette saison-là avaient été transformé d’une frappe sur la gauche du gardien adverse. Un détail qui n’avait pas échappé à Beasant qui avait choisi fort logiquement d’anticiper sur sa gauche. Ce penalty raté constitue une rareté dans l’histoire de la FA Cup puisque le dernier échec en finale remontait à … 1913 lorsque le malheureux Charlie Wallace avait raté le cadre lors d’une finale qui opposait son équipe Sunderland à Aston Villa. Les Black Cats s’étaient alors inclinés sur le score de … 1 à 0. Beasant devenait par la même le premier portier à arrêter un penalty en finale de Coupe d’Angleterre. Le héros du jour allait garder sa cage inviolée jusqu’au coup de sifflet final repoussant les dernières tentatives désespérées, et quelque peu désordonnées, des Scousers. L’impensable s’était produit. Le Crazy Gang avait battu le Culture Club selon la formule du commentateur de la BBC John Motson. Le plus grand succès de l’histoire de Wimbledon, la revanche des chiffonniers sur les riches, du méprisé sur le nanti ! Et tant pis si le style fut laborieux, le cœur y était ! Le Crazy Gang avait démantibulé le grand Liverpool !


"Prolongations" :


Ce succès de prestige marqua l’apogée du Crazy Gang, d’un certain style de jeu qui avait délaissé toute fioriture au profit de l’efficacité absolue. Un style où tout effet de manche était proscrit, un style était épuré, rugueux, viril voire carrément violent. Une certaine vision du football très rock and roll, une équipe de pop-stars ingérables en somme qui faisaient le bonheur des tabloïds anglais. Au cours des années 90, le Crazy Gang laissa peu à peu la place à un Wimbledon plus conventionnel. Les piliers de l'état d'esprit originel quittèrent peu à peu le club et, parallèlement à l'installation confortable du club en première division, furent remplacés par des joueurs plus adaptés aux exigences du football d'élite. Dennis Wise émigra ainsi à Chelsea en 1990 où il devint une figure tutélaire du vestiaire. Vinnie Jones écuma différents clubs (Leeds en 1989, Sheffield United en 1990, Chelsea en 1991) ne parvenant jamais à se stabiliser plus d’une saison avant de revenir à Wimbledon pour y finir sa carrière, collectionnant tout de même au passage quelques apparition sous le maillot national gallois. John Fashanu resta quand à lui, fidèle aux Dons, jusqu’en 1994 et son départ pour Aston Villa où il joua une poignée de matchs avant de mettre un terme définitif à sa carrière de joueur. Nigel Winterburn, dernier membre de ce quatuor de poètes du ballon rond, avait déserté Plough Lane avant même le succès en FA Cup pour rejoindre Arsenal où il resta jusqu’en l’an 2000, faisant partie du Boring Arsenal comme des premiers succès de l’ère Wenger. Le Wimbledon FC a depuis déposé le bilan, puis déménager en 2003 pour devenir le Milton Keynes Dons FC. Les supporters hurlèrent à la franchisation de leur club et se groupèrent pour créer l’AFC Wimbledon, véritable dépositaire du passé et des valeurs de l’ancien club, qui démarra son existence tout en bas de l’échelle au sein des divisions amateurs. Aujourd’hui cette équipe, devenue la plus médiatisée du monde à ce niveau de compétition, a emboîté le pas à son illustre devancière en montant de quatre divisions en cinq ans évoluant désormais aux portes de la Football League et du monde professionnel. Après tout, les légendes ne meurent jamais...


Remerciements à Aujourd'hui Sport et Trente Trois Tours Magazine


(*) Le résumé que Paul Gasgoigne fit de sa « rencontre » avec Vinnie Jones est au demeurant assez explicite "Il s'est approché de moi pour me dire : « Je m'appelle Vinnie Jones, je suis un gitan, je gagne beaucoup de fric et je vais t'arracher l'oreille avec les dents puis tout recracher dans l'herbe. Tu es seul mon gros, tout seul avec moi ! » Tout le temps, j'ai senti son souffle derrière moi, comme un dragon. Je ne me suis jamais plaint d'être taclé, mais il s'agissait à chaque fois de pures agressions ! A un moment, il m'a craché au visage en me disant : « Je vais juste tirer le corner mais ne t'inquiète pas, mon gros, je reviens ! »"

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26 août 2009

'27 : The Cup was let out of England

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CARDIFF CITY


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ARSENAL


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En 1927, Winston Churchill était Chancelier de l’Echiquier au sein du gouvernement conservateur de Stanley Baldwin. Le premier service téléphonique transatlantique était mis en place : l'appel de 3 minutes coûtait 15 £. Charles Lindbergh entrait dans la légende en reliant New York à Paris d’une seule traite sur son Spirit of Saint Louis tandis que Staline prenait le pouvoir en URSS après l’exclusion du parti Bolchévique de Trotski. Babe Ruth devenait le premier joueur à frapper 60 home runs en une saison et en Angleterre, Newcastle remportait ce qui reste à ce jour son dernier titre de champion loin devant Huddersfield Town. Une autre époque certainement, riche en exploits en tout genre, en premières historiques et en anecdotes savoureuses… Sur le plan sportif, le 23 avril 1927 fit date puisque, situation ubuesque, la FA Cup prit, pour la première et jusqu’à maintenant, unique fois, la direction du Pays de Galles après la victoire de Cardiff City devant Arsenal, 1 à 0. Un drôle de paradoxe qui faisait se demander au Sunday Mirror, dans un article tinté de cet humour pince-sans-rire typiquement anglais, comment l’Angleterre avait bien pu perdre sa propre coupe au profit du Pays de Galles. Auparavant, un autre club « étranger », en l’occurrence écossais, était parvenu en finale de la coupe d’Angleterre : le Queen’s Park FC de Glasgow. A la toute fin du XIXème siècle, les Spiders avaient par deux fois été défaits par les Blackburn Rovers : 2-1 en 1884 et 2-0 l’année suivante. Cardiff City s’était également hissé en finale lors de l’édition 1924/25, seulement battus par Sheffield United sur la plus petite des marges, 1-0, but de l'international anglais Fred Tunstall. Déçus mais forts de cette expérience unique à Wembley, les joueurs gallois s’étaient alors promis d’y revenir…


La campagne de FA Cup 1927 démarra à domicile pour Cardiff, avec la réception d’Aston Villa, battus 2-1. Les Bluebirds allèrent ensuite s’imposer 2-0, à l’extérieur, du côté de Darlington. Le vrai test eut lieu au tour suivant avec le déplacement à Bolton, tenant du titre. Afin de préparer cette rencontre au sommet, les Gallois se rendirent au Royal Birkdale Golf de Southport, une préparation effectuée sous les yeux d’un spectateur bien particulier puisqu’un petit chat noir suivait les entraînements de près. Intrigués de retrouver ce chat quelque soit le jour et l’heure où ils décidaient de s’entraîner, les joueurs chargèrent un des leurs de retrouver le domicile de l’animal. Hughie Ferguson fut désigné. L’intéressé s’acquitta avec succès de cette tâche, mais persuada le propriétaire de laisser l’équipe adopter le chat en guise de mascotte. Si Cardiff atteignait la finale, deux tickets seraient attribués au propriétaire, qui accepta cet insolite marché. Le chat resta donc au sein de l’équipe et devint le porte bonheur du club. Il prit le nom de Trixie et fut présent dans son panier, tant lors des matchs à domicile au Ninian Park de Cardiff que lors de tous les déplacements des Bluebirds. Un porte bonheur efficace puisque face à Bolton, les Gallois ne tremblèrent pas, éliminant les Wanderers grâce à une éclatante victoire 2 buts à 0. Face à Chelsea, lors des quarts de finale, deux matchs seront nécessaire aux Bluebirds pour se qualifier. Un premier se solda par un 0-0 à Stamford Bridge puis le « replay » fut gagné à Cardiff dans la douleur 3 buts à 2. La victoire face à Reading, 3-0, sur terrain neutre (à Wolverhampton) n’est plus qu’une formalité pour des Bluebirds qui s’ouvraient de nouveau les portes de Wembley et de la grande finale, cette fois-ci contre Arsenal, néophyte à ce niveau de la compétition. Quant au propriétaire de Trixie, il fit naturellement partie des 91 000 heureux bénéficiant d’une place pour cette finale, sur près de 300 000 demandes de tickets.


Feuille du match : Cardiff City - Arsenal 1-0

But : 
Cardiff : Hughie Ferguson (74e). 

Lieu : Londres, Wembley (Empire Stadium) 

Date : 23 Avril 1927 

Arbitre : M. W.F. Bunnell 

Affluence : 91 206 spectateurs 

Composition des équipes : 

Cardiff : Tom Farquharson - James Nelson, Tom Watson, Fred Keenor (cap.) - Tom Sloan, Billy Hardy, Ernie Curtis - Sam Irving, Hughie Ferguson, Len Davies, George McLachlan. Entr.: Fred Stewart.

Arsenal : Dan Lewis - Tom Parker (cap.), Andy Kennedy - Alf Baker, Jack Butler, Bob John - Joe Hulme, Charles Buchan, Jimmy Brain, Billy Blyth, Sid Hoar. Entr.: Herbert Chapman.
 


Le Match :


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Arsenal se présentait en grandissime favori de cette finale, retransmise pour la première en direct à la radio par la BBC. Désormais entraînés par Herbert Chapman, entraîneur couvert de gloire depuis ses succès avec Huddersfield Town (deux titres de champion consécutifs précédés d’une Cup), les Gunners avaient terminé deuxième du championnat lors de la saison 1925/26 et n’avaient guère tremblé pour atteindre la finale lors de cette édition 1927 de la Cup hormis un huitième de finale délicat face à Port Vale (2-2, puis 1-0 lors du match d’appui). Rendez-vous fut donc pris le 23 avril 1927, qui ironie de l’histoire correspondait au St George's Day, fête du saint patron de l’Angleterre. Le déroulement de cette finale semblait tout écrit mais comme souvent les choses ne se déroulèrent pas comme prévues. De l’avis de tous, cette finale ne fut pas brillante et la qualité du football déployé ce jour-là à Wembley n’atteignit pas des sommets. La balle resta cantonnée le plus souvent au milieu de terrain. De chaque côté, les attaquants peu inspirés n’arrivaient pas à déstabiliser des défenses bien organisées, ne mettant pas beaucoup les gardiens à contribution. On s’ennuyait ferme dans les tribunes : les Gunners et les Bluebirds se neutralisaient, pour la plus grande tristesse des supporters. Néanmoins, dans le dernier quart d’heure de jeu, le destin vint s’en mêler et donner un peu plus d’éclat à ce match besogneux. Touche jouée par Keenor pour Cardiff, la balle à McLachlan qui passa à Ferguson. L’Ecossais était connu pour sa grande précision dans les tirs de loin. Il tenta sa chance. Sous la pression de Davies, le gardien des Cannoniers se coucha sur la balle... qui lui échappa et fila le long de la ligne. La balle avait-elle rebondi sur son coude, son bras, son poignet ? A qui donner le but : Ferguson, Davies qui semblait avoir effleuré le ballon au passage, ou le pauvre Lewis contre son camp ? La seule certitude réside dans le fait que le but était bel et bien valable, et logiquement accordé par l’arbitre M. Bunnell. Poussant désespérément dans les dernières minutes, Arsenal se créa vaguement un semblant d’occasion. Les Londoniens ne reviendront pas au score. La Cup avait choisi son vainqueur et le capitaine Fred Keenor put recevoir le trophée des mains du roi George V. La parade manquée par Lewis alimentera longtemps les discussions dans les pubs de Londres. Le portier gallois, accusés par certains d’avoir favorisé volontairement ses compatriotes, rejettera la faute sur son maillot en laine, flambant neuf, et selon lui trop glissant ce qui ne lui avait pas permis d’attraper correctement la balle. Il est de tradition depuis à Arsenal de laver les maillots des gardiens avant qu’ils ne soient portés pour la première fois pour éviter pareille mésaventure… 


"Prolongations" :


Dès le lendemain du match, Hughie Ferguson fut crédité du but victorieux, et les Gallois furent fêtés à leur retour au pays comme des héros. Tout Cardiff avait en effet pu suivre l’exploit de l’équipe à la radio, notamment grâce aux enceintes installées dans Cathays Park. Scènes de joie et soirées bien arrosées s’ensuivirent. Un film commémorant cette victoire fut même tourné pour être diffusé dans les divers cinémas du pays. Les Gallois auraient eu tort de s’en priver : après cette victoire historique, la Coupe repartira dès 1928 en Angleterre, du côté de Blackburn, et ne quittera plus jamais le pays par la suite. Une victoire unique pour des héros aux destins, pour le moins, atypiques ! Le portier, Tom Farquharson, que la rumeur désignait comme un membre de l’IRA, portait toujours sur lui un pistolet. Ernie Curtis, le benjamin de l’équipe du haut de ses 19 ans, fut fait prisonnier lors de la Seconde Guerre Mondiale par les Japonais durant quatre ans. Len Davies, meilleur buteur de l’histoire du club (avec 148 buts inscrits sous le paletot des Bluebirds), dont on se souvient plus pour le but … qu’il ne marqua pas ! En effet, lors de la dernière journée de championnat en 1923, Cardiff devait battre Birmingham City pour remporter le titre et obtint un penalty dans les dernières minutes de la rencontre. Davies s’avança mais manqua la cible. Le match se termina sur un score nul et vierge et le titre revint à Huddersfield Town, grâce à une moyenne de but supérieure de 0,024 buts à celle des Gallois : 1,818 contre 1,794 ! Le championnat le plus serré de l’histoire du football anglais qui serait revenu aux Gallois si l’on avait départagé les deux équipes à la différence de buts ou au nombre de buts marqués. Et que dire de Billy Hardy, un des grands milieux gauches anglais de son époque, qui n’évolua jamais pour les Three Lions en raison de la réticence de la fédération anglaise à sélectionner des joueurs n’évoluant pas dans des clubs anglais… Hardy resta malgré tout fidèle à Cardiff, jouant le dernier de ses 585 matchs pour l’équipe première à l’âge de 41 ans en 1932. Une autre anecdote, lors de son arrivée au Ninian Park, en 1911, la situation financière de Cardiff était si catastrophique que c’est le manager Fred Stewart (arrivé en même temps qu'Hardy de Stockport County), qui dut payer l’indemnité de transfert (qui ne se montait heureusement pour lui qu’à 25 £) de sa poche.


Cerise sur le gâteau, Cardiff City signa la plus belle saison de son histoire en remportant également le Charity Shield quelques semaines plus tard, face aux London Corinthians, 2-1 à Stamford Bridge. L’heure de gloire pour le club gallois qui ne tarda pas à sombrer… Après une belle 6ème place lors de la saison 1927/28, le club termina dernier l’année suivante et fut donc relégué. Les Gallois sombrèrent même en D3 en 1931 après un exercice calamiteux ponctué de seulement 8 victoires en 42 rencontres ! Les résultats décevants à répétition poussèrent, en mai 1933, l’historique manager Fred Stewart vers la sortie après 22 ans de fidélité. A l’opposé de son adversaire d’un jour, le destin d’Arsenal après cette finale perdue en 1927 fut jalonné de succès avec cinq championnats et deux coupes ramenés à Highbury dans la décennie suivante grâce au génie novateur d'Herbert Chapman. Les plus grands succès des Bluebirds sentent désormais la naphtaline tandis qu’Arsenal fait, de nos jours, encore les grands titres des journaux. Quant à Ferguson, le fameux buteur de Wembley, il fut transféré deux ans plus tard à Dundee pour cause de blessures à répétitions. Hughie, héros déchu de la finale mythique de 1927, supporta mal de ne plus tenir le haut de l’affiche. La dépression dans laquelle il plongea ne l’aida pas vraiment à retrouver le chemin des buts. La foule des spectateurs ne reconnaissait pas celui qu’ils attendaient comme un buteur efficace. Il ne marqua que deux buts et fut rapidement écarté de l’équipe pour manque de forme. Au début de l’année 1930, miné par la disparition de sa scoring touch, il fut retrouvé mort au pied de la tribune principale de Dens Park, l’enceinte de Dundee. Suicide par asphyxie au gaz à l’âge de 33 ans. Symbolique, dramatique ! Certains superstitieux laissent désormais entendre dire que Trixie, le petit chat noir, était diabolique et qu’il faucha précocement Ferguson en échange du but de la victoire à Wembley...

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23 août 2009

Stanley Matthews, The Wizard of the Dribble (2)

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Comme tous les autres joueurs de sa génération, la carrière de Stanley Matthews fut fortement marquée par la guerre. Dès les premières hostilités, les compétitions sportives furent bien évidemment suspendues. Des championnats régionaux furent alors mis en place tandis que de nombreux joueurs vinrent grossir les rangs de l'armée. Matthews rejoignit la Royal Air Force comme "entraîneur physique" et fut stationné près de Blackpool. Comme les hautes instances militaires considéraient que le football était l'une des rares choses qui pouvait remonter le moral durant la guerre, Matthews, et de nombreux autres, disputèrent de nombreux matchs pour des clubs ... très différents. Il joua bien évidemment pour Stoke City, et le plus souvent pour le club de la ville où il résidait : Blackpool. Il disputa également quelques rencontres sous le maillot de Crewe Alexandra, Manchester United, Wrexham, Arsenal, les Rangers ou bien encore Greenock Morton. Le premier match de Matthews pour son club "adoptif" se déroula fin août 1941 face à Preston North End. Ces années de guerre furent pour le moins prolifiques du côté des Seasiders avec aux côtés de Matthews, par exemple l'attaquant écossais Jock Dodds auteur de 65 buts en 1941/42, et 47 la saison suivante ! En 1942, Blackpool remporta la League North, une performance reproduite en 1943 (puis en 1944) associé d'une victoire en Football League War Cup face à Arsenal 4 à 2 Stamford Bridge. The Star considéra alors que les Tangerines avaient déployé le plus beau football des années de guerre.


En novembre 1945, lorsque le championnat "régulier" était encore suspendu, Arsenal fut une des équipes (avec Chelsea, Cardiff City et les Glasgow Rangers) qui affronta le Dynamo Moscou alors en tournée au Royaume-Uni. Où est le rapport avec Stanley Matthews me dirait vous ? Eh bien, alors que nombre de ses joueurs servaient encore à l'étranger dans les forces armées, Arsenal dût aligner six "guest players" (qui ne jouaient pas habituellement pour les Gunners) pour pouvoir aligner un 11 de départ correct, et parmi eux, Stanley Matthews, mais aussi son jeune coéquipier sous le maillot de Blackpool, Stan Mortensen, ou encore Joe Bacuzzi (qui fit aussi partie de l'équipe de Chelsea lorsqu'elle affronta ces mêmes Moscovites). Sous un fog londonien pour le moins dense qui ne refroidit pas les quelques 54 000 spectateurs présent ce jour-là à White Hart Lane, le match vit la victoire finale des Soviétiques 4-3 alors qu'Arsenal menait 3-1 à la mi-temps. Lorsque les championnats traditionnels furent restaurés au début de la saison 1946/47, Stanley Matthews retourna naturellement à Stoke City. Mais ses relations pour le moins tendues avec le manager Bob McGrory (*), que l'on a dit jaloux de la popularité de Matthews, firent germer des rumeurs de transferts. Dès Octobre 1946, on annonçait un transfert de la star de Stoke à Blackpool pour un montant à cinq chiffres... Finalement, après de nombreuses discussions et des protestations de la part des fans de Stoke, Stanley Matthews s'engagea en Mai 1947 pour les Seasiders. Le transfert se chiffra à 11 500 £. Le manager de Blackpool Joe Smith avait demandé à Matthews avant sa signature s'il pensait pouvoir (étant alors âgé de 32 ans) jouer encore quelques années. Une interrogation depuis devenue célèbre et bien cocasse lorsque l'on sait que Matthews ne mit un terme à sa carrière professionnelle que près de deux décennies plus tard !


La nouvelle attraction locale fit ses débuts en championnat lors du premier match de la saison 1947/48, une victoire 3-0 à domicile face à Chelsea. Une époque dorée s'annonçait alors pour Blackpool, certainement les plus belles pages de l'histoire des sociétaires de Bloomfield Road. De ce premier match à son départ en 1961, il devint la star et la principale attraction des Tangerines qui allaient atteindre 3 fois en 6 ans la finale de la FA Cup. De plus, le club fut à plusieurs reprises durant les années 50, l'équipe la plus populaire à ... l'extérieur avec une moyenne de 47 686 spectateurs en 1950/51, 40 604 en 1954/55 et 42 594 en 1955/56. Combien de pères n'amenaient alors pas leurs fils voir jouer Blackpool et principalement ce magicien du ballon rond qui égayait la grisaille anglaise par ses éclairs de génie sur son aile droite ? Pour que leurs rejetons puissent dire plus tard qu'eux aussi ils étaient là, ils avaient vu jouer le meilleur joueur anglais de sa génération, voire même de plusieurs... En 1948, Matthews remporta le Prix de Footballeur de l'Année (décerné par la Football Writer’s Association), tout nouvellement créé. Cette même année, il avait atteint avec Blackpool la finale de la Cup face à Manchester United. Malgré l'ouverture du score de Mortensen pour les Tangerines, Manchester s'était imposé à Wembley 4 à 2 grâce, entre autres, à un doublé de Jack Rowley. En 1951, Blackpool atteint à nouveau la finale de la FA Cup pour une nouvelle défaite 2-0 (doublé de Jackie Milburn) face à Newcastle. Cette même saison 1950/51, les Seasiders finirent également 3ème en championnat, derrière Tottenham et Manchester United.


Côté Three Lions, dans les premières années de l'après-guerre, l'Angleterre possédait certainement une des meilleures lignes d'attaque de son histoire. Les buts pleuvaient et les combinaisons entre Stanley Matthews, Stan Mortensen, Tommy Lawton (Notts County), Wilf Mannion (Middlesbrough) et Tom Finney (Preston North End) étaient particulièrement dévastatrices. Ces cinq-là contribuèrent notamment à la fameuse victoire 10-0 face au Portugal à Lisbonne ou encore au 4-0 infligé l'année suivante à l'Italie sur ses terres à Turin. Ce match est à l'origine d'une anecdote amusante sur le compte de Stanley Matthews. Avant de tirer un corner, Matthews s'essuya les mains sur son short avant de se remettre ses cheveux en place rapidement. Le public crut alors que Matthews avait été assez culotté pour sortir un peigne de son short et pour se recoiffer. Une méprise qui ne fit que renforcer l'image de gentleman donnée par Stanley Matthews. La compétition pour une place à la pointe de l'attaque anglaise était à l'époque très exacerbée. Carter, Langton, Shackleton, Milburn et autres Pearson purent eux aussi montrer leurs qualités sous le maillot national. Parfois, même Matthews n'était pas un choix automatique des sélectionneurs qui pouvaient lui préférer Tom Finney, lui aussi très performant au poste d'ailier droit. Mais l'Angleterre ne jouait jamais aussi bien que lorsque Matthews occupait l'aile droite et Tom Finney l'aile gauche. En 1950, la sélection anglaise prit part à la première Coupe du Monde de son histoire au Brésil. Une première annoncée triomphale qui tourna au désastre... Stanley Matthews ne participa qu'à un seul des trois matchs lors de ce cours séjour brésilien. Il prit part au dernier match soldé par une défaite au Maracanã face à l'Espagne 1-0 avec un but de Telmo Zarra. Cette défaite faisait suite à une autre, plus humiliante encore, survenue à Belo Horizonte, où les Anglais avaient perdu sur ce même score face à une équipe américaine plus ou moins amateur. Ce retour précoce à la maison ne permit pas à Matthews d'exprimer l'étendue de son talent sur la scène internationale. La suite de sa carrière n'allait guère plus lui donner l'occasion de briller lors d'un Mondial. Etrange paradoxe surtout au vu de la longévité de sa carrière...

(*) McCrory préférait aligner George Mountford plutôt que Matthews, demandant à ce dernier d'aller faire ses preuves avec la réserve, après que les Potters aient remporté une série de 5 victoires consécutives en l'absence de leur "star" blessée.

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