18 novembre 2006

Ferenc Puskás : L'Adieu au Major Galopant (1)

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Fer de lance de l'Aranycsapat hongroise, le Magyar Ferenc Puskás fut une véritable légende de son vivant. Décédé hier, à l’âge de soixante-dix-neuf ans, dans cette Hongrie qu’il avait bien cru ne jamais revoir après avoir connu l’exil. Un génial attaquant qui vécut plusieurs vies : celle d’un jeune prodige dans le club de l’armée d’un pays communiste, celle d’un attaquant du grand Real Madrid, celle du maître à jouer d’une des plus fabuleuses équipes nationales de l’histoire dont la formidable aventure collective se termina tragiquement, celle enfin d’un homme à la destinée romanesque et presque romancée. Né à Kispest (une bourgade qui à l'époque n'avait pas encore été englobée par Budapest) le 2 avril 1927, Ferenc Puskás, ou plus exactement Purczeld selon son nom de naissance puisqu'il était issu d'une famille souabe (germanique), a hérité sa passion du football de son père, joueur semi-professionnel ayant évolué au Vasas et au Kispest. Très tôt, le ballon rond est devenu plus qu'un passe-temps pour ce garçon aux grandes qualités. D'ailleurs la maison familiale jouxtait le stade, qui plus tard, prendrait le nom de József Bozsik. D'ailleurs, les premières années du jeune Puskas furent bercées par le bruit du ballon dans lequel on frappe et la clameur des supporters venus voir leur équipe, le Kispest AC. "Gamin, quand j'entendais ces bruits magnifiques, je n'avais qu'une seule obsession : jouer moi-même", se souviendra plus tard Puskas. Un souhait qui ne tarda pas à se réaliser car les gamins du quartier n'avaient pas d'autres passe-temps que de taper dans le ballon toute la journée. Parmi ses connaissances dès son plus jeune âge figurait un certain József Bozsik, qui allait devenir par la suite un inséparable compagnon de jeu de Kispest à l'équipe nationale hongroise. Tout gosse, ils avaient déjà un signe secret de ralliement. Comme ils étaient voisins, quand l'un frappait trois coups à la porte du copain, celui-ci savait qu'il partait taper dans le ballon et qu'il était donc temps de le rejoindre. En raison du nationalisme croissant en Hongrie durant les années 1930 (sous le régime de l'Amiral Miklós Horthy), le petit Ferenc Purczeld, patronyme à consonance germanique, devint Puskás. Mais sur sa première licence, prise bien évidemment au Kispesti AC, n'apparaît ni le nom de Puskás et encore moins celui de Purczeld. L'explication ? Ferenc avait un an et demi de moins que son grand pote Jozsef (né le 28 Novembre 1925) et n'avait donc pas l'âge minimal requis (12 ans) pour intégrer le club. Quand Bozsik rejoint l'équipe minime, il ne voulut pas jouer sans son grand ami. Résultat, Puskas fut engagé sous le pseudonyme de Miklós Kovács ! Quant il ne jouait pas, le jeune Ferenc assistait rêveur aux matches et aux entraînements de l'équipe fanion de Kispest. Ses idoles avaient pour nom Nemes et Deri. Il dira souvent que, à part son père, ce sont ces deux joueurs-là qui lui apprirent le plus en matière de football.


Les gamins qui composaient l'équipe minimes de Kispest avaient tous un immense talent, au point que chaque minime deviendra plus tard joueur professionnel en Première Division ! Leur équipe marquait au moins 130-140 buts par saison. Vu leur talent, József Bozsik et Ferenc Puskás ne tardèrent pas à effectuer leurs débuts chez les pros, profitant au passage de la saignée opérée dans les milieux du foot par la Seconde Guerre mondiale. Le 5 décembre 1943, à l'occasion d'un match contre Nagyvarad, les dirigeants de Kispest furent donc obligés de faire appel à des juniors. C'est ainsi que Puskás, âgé seulement de seize ans, décrocha sa place dans le onze de départ. Pour l'anecdote, Kispest fut battu 3-0 et leur adversaire du jour, le Nagyváradi AC, sacré à la fin de la "saison" 1943/44 champion. Une carrière de joueur venait de commencer, et quelle carrière ! Kispest, dès lors, ne put se passer de sa jeune étoile qui, dès sa troisième apparition dans l'équipe fanion, marqua son premier but face au Kolozsvári AC. Pour la parenthèse, il faut noter que les villes transylvaniennes de Nagyvárad et Kolozsvár sont désormais situées en Roumanie et connues sous les noms respectivement d’Oradea et Cluj. Pour en revenir à Puskás, il disputa dix-huit matches lors de sa première saison et inscrivit sept buts. Sa petite taille, son visage rondouillard lui valurent un premier surnom, « Ocsi » (petit gars). Certains observateurs de l'époque émirent l'idée qu'à la vue de son immense talent, le jeune Ferenc aurait pu être international plus tôt. Seulement à ce moment-là, il n'y avait plus de sélection ! La guerre avait déjà touché la capitale et l'on parlait de bien d'autres choses que de football. La sélection magyare ne disputa aucun rencontre en 1944 et durant une bonne partie de l'année 1945. Les premiers matches d'après-guerre de l'équipe nationale se disputèrent les 19 et 20 août 1945 face à l'Autriche. C'est lors de la deuxième rencontre que Puskás connut sa première sélection. Une première accompagnée d'une victoire hongroise 5 buts à 2. Le novice ne tarda d'ailleurs pas à s'illustrer puisqu'il ouvrit le score dès la 12ème minute de jeu en exploitant victorieusement une passe Gyula Zsengellér (grande légende d'Újpest). Le lendemain, le journal Népsport ne consacra bien évidemment pas encore beaucoup de place aux premiers pas du néophyte préférant saluer la large victoire hongroise (les autres buts magyars furent l'œuvre de Zsengellér, Szusza - une doublé et Vincze II), mais il souligna tout de même "les bons débuts du jeune Puskás". Un jeune qui allait vite s’installer comme le meneur d’une des plus fameuses périodes de l’histoire du football hongrois.


Le Kispesti AC connut un tournant dans son histoire à la fin des années 1940. En 1949, il fut pris en main par le Ministère de la Défense et devint le club de l’armée hongroise. Il fut renommé Honvéd (littéralement « défenseur de la patrie »). D’autres clubs de Budapest connurent également les affres de ces changements de nom. Résultat de la reprise en main de leur club par le régime communiste, Puskás et ses camarades furent tous bombardés … militaires. Le voilà pourtant « Major galopant » (« Et pourtant, ne cessera-t-il de rappeler avec humour, je n’étais que commandant ! »). Il n’avait évidemment de militaire que le nom et était plutôt fermé à toute autorité. Protégé par son exceptionnel talent, il ne cessa de faire la nique aux dignitaires d’un régime qu’il exécrait. Un jour, il demanda ironiquement et publiquement, au ministre des sports, venu assister à une rencontre dans une curieuse tenue rayée, ce qu’il fait au stade en pyjama. Ce qui lui vaut une convocation au ministère, une leçon de morale et quelques menaces sans suite. Dur de toute façon d’atteindre un joueur symbole de la réussite du Honvéd qui ne quitta pas les deux premières places du classement de 1949 à 1955, alignant 5 titres de champion sur 7 saisons et échouant par deux fois en 1951 et 1953 à la place de dauphin du MTK pour respectivement 4 et 3 points. En 1952, le club resta invaincu sur les 26 matches de championnat, n’enregistrant que 5 matches nuls. Il faut dire qu’outre les joueurs qu’il a formés, le club monopolisait les meilleurs joueurs du pays grâce à des mesures plutôt efficaces. L’armée se procura les services des meilleurs joueurs du championnat en échange d'un grade d'officier. Ceux qui refusaient devenaient de simples soldats et devaient faire leur service militaire. Le club triomphait également sur les terrains d’Europe grâce à de nombreux matchs de gala. L’un d’eux perdu face aux Wolverhampton Wanderers en 1954 (3 buts à 2 en Angleterre) fut un des déclencheurs de la création d’une toute nouvelle compétition, appelé à un avenir fameux : la Coupe d’Europe des Clubs Champions. Honvéd participa pour la première fois à la C1 lors de la saison 1956/57. Le premier tour devait opposer les Hongrois aux Basques de l’Athletic Bilbao. Ce fut le point de départ d’une grande odyssée…

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