25 avril 2007

Johan Cruyff, la soixantaine rayonnante (4)

cruyffbarca


Quelques semaines après que les Jongbloed, Krol, Neeskens et consorts, mené par le grand Ernst Happel, aient échoué une nouvelle fois en finale du Mondial face à l'Argentine (3-1), abattus après prolongations par le Matador Kempes, Johan Cruyff rechaussait les crampons pour un match d'exhibition au Giants Stadium entre le New York Cosmos (vainqueur du Soccer Bowl face aux Tampa Bay Rowdies sur le score de ... 3-1), renforcés pour l'occasion par Cruyff et une sélection mondiale au pedigree très relevé : Leão, Grzegorz Lato, Zbigniew Boniek, Rivelino, Johnny Rep, pour ne citer qu'eux. La rencontre se termina sur un score de parité 2-2 avec des buts de Giorgio Chinaglia et Seninho pour les New-Yorkais et de Rivelino et Leonardo Cuellar pour leurs adversaires d'un soir. Mais l'intérêt du match résidait bien sûr essentiellement dans la performance de Cruyff, égal à lui même qui donna le tournis au malheureux champion du monde argentin Jorge Olguin et démontra, si besoin était, qu'il faisait bien partie des meilleurs joueurs au monde. Mais l'aventure Cruyff-Cosmos ne dura que l'espace d'une rencontre à cause de désaccords financiers et finalement, le Néerlandais atterrit dans une autre équipe de la NASL (North American Soccer League), les Los Angeles Aztecs (qui n'hésitèrent pas promettre 700 000 $/an à Cruyff pour le convaincre) dont l'entraîneur n'était autre que ... Rinus Michels. Il débuta sous le maillot de la franchise californienne le 23 Mai 1979 face aux Rochester Lancers lors d'une large victoire 3 à 0, où il inscrivit un doublé en moins de sept minutes ! Durant une saison, Cruyff régala le public du Los Angeles Memorial Coliseum (l'ancien stade olympique de 1932) inscrivant au total 14 buts en 27 rencontres. Sa saison lui permit d'accrocher au terme de l'année la distinction de MVP, succédant ainsi au palmarès à, entre autres, Pelé sacré en 1976 et à Franz Beckenbauer en 1977. Côté résultats, les Aztecs ne passèrent pas le cap des Demi-Finales de Conférence, sortis par les Canadiens des Vancouver Whitecaps, futurs vainqueurs du Soccer Bowl, après n’avoir sorti rien de moins que le Cosmos de Carlos Alberto, Beckenbauer et Neeskens.


L'aventure californienne ne dura qu'un an pour Cruyff qui prit au début de l'année 1980 le chemin de Washington et de la franchise locale les Diplomats. Cette nouvelle saison de NASL se solda par 10 nouveaux buts en 27 matchs pour Cruyff et une nouvelle élimination précoce en Play-Offs, par, hasard du destin, les Los Angeles Aztecs. Profitant alors du fait que les saisons américaine et européenne ne fonctionnaient pas sur un calendrier similaire, Cruyff retourna à l'Ajax non pas en tant que joueur puisque la KNVB interdit aux joueurs "américains" de participer au championnat pour ne pas fausser la compétition, mais en tant que conseille technique. Le 30 Novembre, lors d'un match face au FC Twente, il prit même place sur le banc de touche aux côtés de l'entraîneur Leo Beenhakker, donnant de la voix dans un match remporté finalement par les Ajacides 5-3. Ce "retour" n'est qu'un prémice de la fin de sa carrière nord-américaine. En cette fin d'année 1980, Johan Cruyff participa également (en compagnie notamment de Robert Rensenbrink, autre exilé aux Etats-Unis et plus exactement aux Portland Timbers) à des matchs amicaux avec le modeste club néerlandais, DS '79, dont l'un face à Chelsea perdu 4 à 2. Fin Janvier 1981, Cruyff prit, cette fois-ci, part à un match opposant l'Ajax Amsterdam aux "Oranyankees", un match à la limite du grandguignolesque, opposant le club amstellodamois à une équipe, qui comme son nom le dit, était composée de joueurs néerlandais évoluant aux Etats-Unis. Et malgré Cruyff, Rensenbrink et les autres, les Oranyankees ne pesèrent pas bien lourd face à l'Ajax qui les balaya 6 à 1 avec notamment un triplé de Tscheu La Ling. Quelques jours plus tard, Johan Cruyff signa un contrat avec le club espagnol de Levante, où évolua des années plus tôt un de ses idoles de jeunesse qui n'était autre que le grand buteur Faas Wilkes. Le Batave débuta sous ses nouvelles couleurs le 2 mars, le début d'une nouvelle aventure ... qui tourna court, très court. Le club valencian ne parvint pas à respecter le contrat, et notamment les conditions financières, offert à Cruyff, qui ne disputa donc que 10 matches pour Levante pour un maigre total de deux buts. Cette nouvelle parenthèse, dans un moment agité de sa carrière, refermée, la rumeur d'un retour en sélection fit son apparition pour aider l'équipe nationale à se qualifier pour la Coupe du Monde 1982. Finalement, en raison de nouveaux désaccords, Cruyff ne vint pas et les Oranjes ne virent jamais l'Espagne, au profit de la Belgique et de la France. Le 18 juin 1981, Johan signa un nouveau contrat avec les Washington Diplomats pour la durée de la saison américaine. Le 1er juillet, le premier match de Cruyff avec le Dips se solda par une défaite 3-2 face aux San Diego Sockers. Au total, il ne joua que 5 matchs lors de cet éphémère retour (inscrivant au passage deux buts). Sa carrière américaine se termina sur une ultime défaite face au Montréal Manic 1 à 0. La page NASL est définitivement fermée, celle qui aura permis à Cruyff de faire ses premières armes de technicien, de participer à la popularisation du football de l'autre côté de l'Atlantique mais aussi sur un plan beaucoup plus prosaïque, et il ne faut pas le nier, de bien garnir son compte en banque pour plusieurs années.


Fin 1981, Cruyff fit son retour dans son club formateur, l'Ajax Amsterdam. Dès son premier match, le 6 Décembre, face à HFC Haarlem, il trompa le portier adverse, en l'occurence Edward Metgod, d'un splendide lob tout en finesse, faisant ainsi taire toutes les critiques naissantes sur son niveau à 34 ans sonnés. Le N°14 avait encore frappé. En tout, en 15 matchs de championnat, il inscrivit un total de sept buts qui permirent aux Ajacides de remporter leur 20ème titre de champion devant le PSV et Alkmaar. La saison de Cruyff attira les convoitises de clubs anglais et italiens mais une fois le titre conquis, l'intéressé confirma sa volonté de continuer une saison de plus avec l'Ajax. La saison suivante vit Cruyff disputer ses derniers matchs européens sous le maillot amstellodamois lors du 1er Tour de C1 face au Celtic Glasgow. La confrontation face aux Bhoys fut fatale aux Néerlandais (2-2 en Ecosse, 2-1 à Amsterdam). En championnat, la saison fut marquée par un match, d'apparence somme toute banale, face au promu Helmond Sport, le 5 décembre 1982. L'Ajax l'emporta largement 5-0 et l'un des buts fut inscrit par Johan Cruyff sur penalty, mais quel penalty ! Un une-deux dans la surface grâce à la complicité du Danois Jesper Olsen qui laissa Otto Versfeld, le gardien adverse, médusé et un Johan Cruyff n'ayant plus qu'à pousser la balle dans la cage grande ouverte. Un geste étonnant mais pas aussi facile qu'il en a l'air, Thierry Henry et Robert Pires doivent encore s'en souvenir après s'y être essayé sans réussite face à Manchester City en 2005. N'est pas Cruyff qui le veut... Cette saison fut couronnée de réussite pour le club de la capitale puisqu'il s'adjugea à nouveau le championnat (avec trois points d'avance sur le Feyenoord) mais réussit également le doublé en enlevant la Coupe face au NEC Nimègue (3-1 à deux reprises) dans une des seules finales jamais jouée en deux manches aux Pays-Bas. Sur le plan personnel, Cruyff inscrivit 7 nouveaux buts en 21 matchs de championnat, auxquels il faut rajouter 2 réalisations en coupe.


Tout semblait donc aller pour le bien mais l'impensable se produit à l'été 1983 : Johan Cruyff, le symbole de l'Ajax, signa pour les rivaux détestés du Feyenoord Rotterdam ! Cruyff était en conflit larvé avec l'administration ajacide (au sujet notamment du renouvellement de son contrat) et ne trouva pas de meilleure revanche que de signer chez l'ennemi déclaré. Johan Cruyff porta donc pour la dernière le maillot de l'Ajax en match officiel le 14 Mai 1983 face au Fortuna Sittard avec à la clé une victoire sur le score de ... 6-5 ! Deux ans après un comeback spectaculaire à l'Ajax, Cruyff allait donc terminer sa carrière au Feyenoord, un passage jugé inconcevable et qui pourtant se réalisa. A son arrivée à Rotterdam, les supporters du Feyenoord n'étaient pas très convaincus par l'idée de voir Cruyff défendre leurs couleurs, mais leur scepticisme disparut bien vite. Il fit ses débuts sous les couleurs du Feyenoord fin août face à Volendam lors d'une victoire 4-1. Malgré la défaite (ou plutôt le naufrage) le 18 septembre face à l'Ajax (qui croyait alors avoir pris sa revanche sur l'imprudent rebelle), un 8-2 qui reste une des pires défaites du Feyenoord en championnat (avec un triplé du jeune Marco Van Basten, un doublé de Olsen, Jesper Olsen, et des buts de Peter Boeve, Keje Molenaar et Ronald Koeman), le club de Rotterdam signa le troisième doublé de son histoire avec Johan Cruyff à la baguette, bien second, il est vrai, par Ruud Gullit, un jeune promis à un bel avenir... En championnat, Feyenoord repoussa le PSV à 5 points, et l'Ajax (seulement troisième) à 6 tandis qu'en coupe, la finale face au Fortuna Sittard (1-0) ne fut qu'une formalité non sans avoir auparavant pris sa revanche sur l'Ajax, éliminé en huitièmes. En 33 matchs d'Eredivisie, Cruyff inscrivit 11 buts cette saison-là, il marqua également à une reprise en Coupe et en C3 pour son ultime campagne européenne, terminé dès le deuxième tour de cette Coupe UEFA version 1983/84 face au futur vainqueur de l'épreuve, Tottenham...


Le 15 novembre 1964, Johan Cruyff débutait en championnat. Malgré la défaite de l'Ajax à Groningen (3-1), le jeune Cruyff avait inscrit le seul but de l'Ajax face au GVAV. Dix-neuf ans et 6 mois plus tard, il disputait son dernier match sous le maillot du Feyenoord face au FC Zwolle lors d'une dernière victoire (2-1) où il inscrivit un but. Deux dates, deux décennies, comme le résumé saisissant de la carrière de joueur de ce géant, de cet enfant prodige de l'Ajax au caractère bien trempé qui allait devenir un entraîneur de renom. Un joueur qui en 20 ans remporta à 9 reprises son championnat national, à 6 reprises la Coupe des Pays-Bas sans oublier son titre en Liga et une Coupe du Roi. A tout cela, il faut bien sûr ajouter ses 3 Coupes d'Europe des Clubs Champions conquis au sein d'une équipe de légende, une Coupe Intercontinentale, 3 Ballons d'Or, etc... Il fut le symbole de toute une génération, l'un des meilleurs joueurs de l'histoire du football malgré son échec en finale du Mondial, l'un des plus graciles manieurs de ballon qu'il nous fut donné de voir sur un terrain, le symbole même du football total et de l'Ajax avant de devenir celui de Barcelone et de la Catalogne. Des buts impossibles comme celui marqué en cette soirée d'hiver 1973 (22 Décembre) face à l'Atlético Madrid et au pauvre Miguel Reina ! Un homme, enfin, bien décidé à ne pas se laisser faire et à ne laisser personne décider à sa place. Un grand joueur très certainement qui fit rêver de nombreux enfants de Hollande et d'ailleurs... Je mets donc enfin un point final à ce long récit, plus ou moins détaillé, de cette superstar du football. Le joueur hollandais du siècle, selon ses compatriotes, méritait bien cet hommage...


bdcruyff

Posté par xav73 à 12:42 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Johan Cruyff, la soixantaine rayonnante (4)

    Sans titre !

    Quel travail, très intéressant article sur Cruyff ! Jolie illustration également ^^

    Posté par Antonio, 01 septembre 2009 à 11:58 | | Répondre
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