26 février 2008

Marco Pantani, parti trop tôt...

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Elefantino, il Pirata ou plus sobrement Marco Pantani. Digne héritier des grands Charly Gaul ou Federico Bahamontes, il fut un des plus grands grimpeurs de ces quinze dernières années, l'un des derniers purs grimpeurs avec son gabarit de poche (1m72 pour 57 kg). Sa carrière atteignit son apogée en 1998 lorsqu'il réalisa le doublé Giro/Tour de France, s'inscrivant ainsi dans l'histoire comme l'égal de Coppi, Merckx ou Anquetil. Sa carrière professionnelle débuta en août 1992, à seulement 22 ans (il est né le 13 janvier 1970), dans les rangs de la Carrera de Claudio Chiappucci et Guido Bontempi. En 1993, il participa à son premier Giro, où il confirma les promesses entrevues lors d'une riche carrière amateur. Il fit longtemps partie des vingt premiers, faisant jeu égal avec les meilleurs dans la montagne, avant de devoir abandonner sur chute. L'année suivante, il fut le grand animateur du Tour d'Italie. Il remporta deux étapes coup sur coup, la première au sommet de Merano et la deuxième à Aprica, au terme d'une chevauchée solitaire par-delà le légendaire Passo Mortirolo. Pantani termina finalement deuxième à 2'51" d'Evgeni Berzin mais devant Miguel Induráin.


Grâce à ces premiers faits d'armes, il devint le chouchou du public italien, autant pour son style que pour ses performances. Il confirma son potentiel quelques semaines plus tard, finissant 3ème du Tour de France après avoir attaqué dans presque toutes les étapes de montagne, un panache mal récompensé puisqu'il n'en remporta aucune. De retour sur le Tour, l'année suivante, il allait cette fois-ci remporter la légendaire étape de l’Alpe d'Huez et celle de Guzet-Neige, les deux fois en solitaire. Il ne finit cependant que 13ème en raison d'une défaillance dans l'étape de Cauterets (le surlendemain de son arrivée victorieuse à Guzet-Neige dans une étape endeuillée par la mort de l'Italien Fabio Casartelli) remporté par Richard Virenque. La même année, il finit 3ème du Championnat du monde disputé en altitude à Duitama, en Colombie. Durant cette course, il tenta en vain de lâcher Miguel Indurain, mais il fut victime de la supériorité de l'équipe espagnole. Lorsque Abraham Olano attaqua à la fin de l'avant-dernier tour, les Italiens répondirent absents. Finalement, Pantani fit les frais de l'excellente tactique espagnole, Indurain restant dans la roue du Pirate pendant la dernière montée dans laquelle ses accélérations demeurèrent inutiles. Olano finit seul en tête et devint champion du monde. Derrière, un groupe de trois composé de Miguel Indurain, Pantani et Mauro Gianetti s'octroya, dans cet ordre, les accessits. Ce fut d'ailleurs la seule médaille mondiale remportée par il Pirata durant sa carrière.


Malheureusement quelques jours plus tard, une collision avec un chauffard lors de la course Milan-Turin le laissa avec une jambe cassée en deux endroits (double fracture ouverte tibia-péroné), faisant craindre le pire pour la suite de sa carrière. Il revint en 1997 chez la Mercatone Uno. Il ne finit pas le Giro en raison d'une nouvelle chute provoquée par un chat ayant traversé sa route. Malgré cette nouvelle péripétie, il brilla sur les routes françaises quelques semaines après. Lors de ce Tour de France, il s'adjugea deux nouvelles étapes, l'une à l'Alpe-d'Huez et l'autre à Morzine, figurant au finale sur la troisième place du podium à Paris derrière Jan Ullrich et Richard Virenque. 1998 allait marquer l'apogée de sa carrière. Tout d'abord, Pantani remporta deux étapes du Tour d'Italie à Piancavallo et au Plan di Montecampione. Ses performances dans la montagne lui permirent de ramener le Maillot Rose à Milan avec une marge d'1'33" sur le Russe Pavel Tonkov et de 6'51" sur son compatriote Giuseppe Guerini. Vint alors le Tour de France, un Tour marqué par les affaires de dopage et notamment l'exclusion de l'équipe Festina à Brive. Néanmoins, Pantani parvint à assurer le spectacle, en maintenant le suspense pour la victoire finale. Il grignota tout d'abord son retard sur Jan Ullrich dans l'étape du Plateau de Beille puis, il prit le maillot jaune suite à une étape de légende (la 15ème) digne des plus grands exploits de Charly Gaul, sous la pluie et le froid, entre Grenoble et les Deux-Alpes, reléguant à près de 9 minutes sur la ligne d'arrivée le coureur de Telekom. L'avance acquise dans cette étape dantesque lui sera suffisante pour boucler en vainqueur cette Grande Boucle sur les Champs Elysées au nez à la barbe de l'Allemand, son dauphin pour 3'21". Paradoxalement ce doublé Giro-Tour sera le début d'une longue descente en enfers pour celui que toute l'Italie avait porté aux nues. On le croit alors capable de gagner d'autres grands tours et pourtant...


En 1999, le Tour d'Italie fut la première étape de la déchéance du mythe Pantani. L’histoire retiendra difficilement que ce Giro 1999 a été gagné par Ivan Gotti. Cette épreuve restera celle de l'affaire de Madonna di Campiglio, celle de Pantani brisé en pleine gloire par une présomption de dopage alors qu’il était à 48 heures d’une victoire finale. Le 5 Juin 1999, au matin de la 21ème et avant-dernière étape, le Romagnol fut interdit de départ pour un taux d'hématocrite de 52% supérieur à la limite autorisée (50%). Et pourtant, tout avait bien commencé sur ce Tour d'Italie pour Marco Pantani. Dès la 8e étape, qu’il gagna à Gran Sasso, 23 secondes, il endossa le Maillot Rose. Et le lendemain, Pantani confirma dans un effort plus inhabituel pour lui, le contre-la-montre, terminant troisième de l’épreuve à Ancône à 55 secondes de Laurent Jalabert. Dès que la route s'élevait, Pantani brillait. Il l’emporta lors de la 15ème étape à Oropa, puis à l’Alpe di Pampeago et enfin Madonna di Campiglio, des victoires qui renforcèrent considérablement son avance. A 48 heures de l’arrivée à Milan, ce Giro lui semblait à acquis et pourtant on peut dater de ce début juin 1999 le jour où Marco a cessé d’être Pantani. Le champion passa en quelques jours du rang de héros à celui de paria. Très atteint moralement, notamment par le regard des médias sur lui, il parvint tout de même à revenir, il parvient tout de même à revenir en 2000, terminant 28ème du Tour d'Italie puis gagnant deux étapes du Tour de France, dans la légendaire caillasse du Mont Ventoux devant Lance Armstrong puis en solitaire à Courchevel, ravivant le souvenir des ses grandes heures. Mais il ne retrouvera jamais le niveau exceptionnel qu'il atteignit entre 1998 et 1999 et sombra peu à peu. En 2001, une nouvelle affaire de dopage consécutive au célèbre Blitz de San Remo sur le Giro le concerna. Il fut suspendu 6 mois pour avoir détenu dans sa chambre une seringue d'insuline. L'année 2003 sera celle de ses derniers barouds d'honneur. Entamant le Tour d'Italie à court de compétition, il progressa au fil des jours et se montra aux avants postes lors de la difficile étape du Monte Zoncolan tout d'abord, puis attaqua à de nombreuses reprises sur la route de la Cascata del Toce, sans parvenir à prendre en défaut la vigilance du leader Gilberto Simoni. Ces attaques seront les dernières images d'un coureur dont le style offensif, aérien, sans compromis qui aura marqué des milliers de fans de cyclisme à travers le monde. Très déçu de voir son équipe non-sélectionnée pour le Tour de France 2003, il se détacha peu à peu de la compétition sportive. Très fragile psychologiquement, il se mura dans le doute, la solitude, puis la dépression voire la drogue. Le 14 février 2004 il est retrouvé mort dans des circonstances pour le moins troubles des suites d’un œdème cérébral et pulmonaire dans une chambre d’hôtel de Rimini (Italie), dans laquelle il était reclus depuis plusieurs semaines. L'autopsie révélera que sa mort fut causée par une surdose de cocaïne. Les causes de sa mort ne sont toujours pas réellement établies. Une fin si triste pour un champion qui fit rêver toute l'Italie...

Posté par xav73 à 11:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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