18 août 2009

Paulino Alcántara, fierté de tout un pays... (1)

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Sa légende est née le 30 avril 1922 au Stade Sainte Germaine au Bouscat dans la banlieue bordelaise. Ce jour-là s'y jouait un match amical opposant la France (emmenée par Jules Dewaquez et Paul Nicolas) à l'Espagne. Parmi la sélection ibérique figurait un métis d'origine philippine du nom de Paulino Alcántara qui allait inscrire deux des quatre buts de la large victoire espagnole (4-0). Un de buts allait rester dans les annales : une frappe des 25 mètres d'Alcántara transperça littéralement, au sens premier du terme, les filets du malheureux portier français Emile Friess. Un gardien impuissant, des filets déchirés et un public à ses pieds, ainsi naquit la légende de Paulino Alcántara qui de cette anecdote allait garder le surnom de El Trencaxarxes ou El Romperredes (*), suivant si l'on est catalan ou castillan... Mais résumer la carrière d'Alcántara à ce simple fait, en lui-même insignifiant, serait faire injure à ce joueur qui fut à la fois international philippin, catalan et espagnol ! Paulino Alcántara vit le jour le 7 octobre 1896 à Iloilo, une des îles des Philippines, d'un père militaire dans cette colonie espagnole et d'une indigène. Durant ses premières années, il passa des heures et des heures à jouer dans les rues en compagnie de son frère Fernando, rêvant d'être un jour footballeur dans la métropole si lointaine... Mais rapidement, la montée de la violence et les changements politiques aux Philippines (*) obligèrent la famille Alcántara à rentrer en Espagne et Paulino allait passé plusieurs années dans un collège jésuite de Barcelone. La passion du football étant la plus forte, on le retrouve pourtant dès l'âge de 13 ans dans les rangs d'un club modeste de la capitale catalane, le Galeno, où il brilla balle au pied. Tant et si bien qu'il commença à attirer l'attention des dirigeants du FC Barcelone qui n'hésitèrent pas à l'engager moins d'un an plus tard malgré son jeune âge, voyant en lui un futur prodige. On ne peut guère leur donner tort avec le recul...


Paulino Alcántara allait débuter sous les couleurs blaugranas le 25 février 1912 face au Català SC en Championnat de Catalogne (lors d'une victoire triomphale 9 à 0), inscrivant à l'occasion un retentissant hat-trick qui en fait encore aujourd'hui le plus jeune buteur de l'histoire du club à 15 ans, 4 mois et 18 jours. (*) Dire que les médecins lui avaient conseillé d'abandonner le football un sport si sauvage et brutal pour son frêle gabarit ! La saison suivante, Alcántara participa au triplé Coupe du Roi-Championnat de Catalogne-Coupe des Pyrénées avant de s'imposer au fil des années comme le leader de l'attaque catalane. Cependant, et malgré les promesses que semblaient laisser augurer ses débuts en fanfare, les soubresauts de l'histoire le rattrapèrent à nouveau lorsque lui et sa famille durent à nouveau effectuer un voyage de plusieurs milliers de kilomètres, direction ... les Philippines, où le climat politique semblait apaisé. Un voyage qui allait tourner à la suite rocambolesque d'anecdotes plus étranges les unes que les autres. Tout d'abord, on tenta de le dévaliser lors d'une escale à Colombo (Ceylan), où son bateau faisait escale. Une broutille au vu de la suite. A Singapour, bien que prévenu de la présence de nombreux requins dans la zone, Alcántara et quelques amis décidèrent d'échapper à l'étouffante chaleur en ... se baignant. Si les requins restèrent à l'écart du groupe, une blague faillit mal tourné. Un ami de Paulino s'approcha et lui mordit la jambe, simulant l'attaque d'un squale, provoquant la panique du goleador philippin qui manqua de peu de mourir noyé ! L'ultime péripétie du voyage eut lieu à l'arrivée aux Philippines lorsque le bateau heurta des roches près de la côte provoquant des entrées d'eau dans la coque. Pour arriver à bon port sereinement, le capitaine du navire décida que tout les passagers dormiraient dans des parties sûres du bateau, en l'occurrence la cale. Résultat, Alcántara arriva à destination après avoir dormi pendant plusieurs nuits sur une caisse de pin, le cercueil d'un phillipin décédé en Espagne ! Une odyssée à une époque où les transports étaient quelque peu plus folkloriques qu'actuellement...


De retour au pays, Paulino Alcántara continua ses études de médecine qu'il avait débuté à Barcelone, jouant également pour un club local, les Bohemians de Manille. Il devint également un crack du tennis de table, terminant même vice-champion de l'archipel. Grâce à ces performances, Alcántara fut sélectionné pour participer aux Jeux de l'Extrême Orient dont la 3ème édition se déroulait en 1917 au Japon en tant que footballeur (dans un tournoi à 3 avec le Japon et la Chine) mais aussi comme pongiste. Il prit une part active dans le succès des siens face au Japon 15 à 2 (ce qui constitue toujours la plus large victoire de l'équipe nationale philippine) mais dût se contenter de la deuxième place après une défaite 3-0 face à la Chine, dans un match où les Philippines quittèrent, semble-t-il, le terrain pour protester contre un penalty controversé accordé aux Chinois. A titre personnel, il prit également la seconde place du tournoi de tennis de table. Des performances qui lui valurent de devenir un véritable héros pour tous les philippins. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, le FC Barcelone n'était pas au mieux sans la présence de son prolifique buteur, échouant deux années de suite dans sa quête du Championnat de Catalogne et les Culés cherchaient la solution pour retrouver leur rang. Quelqu'un au club se souvint d'Alcántara, et on décida d'envoyer de toute urgence un télégramme aux Philippines pour demander le retour de Paulino en Espagne. Sans succès, ses parents refusant de retourner en Espagne au motif que leurs racines étaient aux Philippines. Par malheur, Paulino contracta courant 1917 la malaria et il s'en servit alors comme d'un moyen de pression sur ses parents pour pouvoir revenir à Barcelone, les menaçant de ne pas prendre ses médicaments contre le paludisme s'ils ne laissaient pas retourner en Europe. On ne sait pas s'il mit ses menaces à exécution mais le fait est que quelques mois plus tard en 1918, Alcántara faisait à nouveau partie de l'effectif du Barça. Paulino avait désormais 22 ans et ses qualités devant le but étaient intactes. Néanmoins, l'entraîneur du club, l'Anglais Jack Greenwell le fit jouer au poste de défenseur, une expérimentation qui ne dura guère. Sous la pression des socios (qui menacèrent de ne plus payer leurs abonnements si Alcántara ne retrouvait pas son poste d'attaquant), Greenwell fit vite chemin arrière et plaça le Philippin à la pointe de l'attaque blaugrana...

(*) Pour les allergiques à toute langue étrangère, sachez que xarxa en catalan et red en espagnol signifient tout les deux dans ce cas-là "filet". Ce surnom pourrait se traduire en filet par "Le Casseur de Filets".

(*) En 1899, le traité de Paris signé entre les Etats-Unis et l'Espagne (mettant fin à la guerre hispano-américaine) clôt la domination espagnole sur les Philippines. En échange de 20 millions de dollars, l'Espagne cède alors ses dernières possessions d'Amérique Latine - Cuba et Porto-Rico -, ainsi que les Philippines. Des combats pour l'indépendance dureront jusqu'en 1902. En 1935, le Commonwealth des Philippines est créé avec comme premier président du pays Manuel Quezón ; l'indépendance est prévue dans les 10 ans mais suite à la Seconde Guerre mondiale et l'invasion japonaise qui commença le 8 décembre 1941, elle n'aura lieu qu'en 1946.

(*) Etrangement, les débuts d'Alcántara sous le paletot barcelonais sont parfois datés du 14 Août 1912, lors d'un match amical à Sabadell, conclu par une victoire 8 à 2 et là aussi un triplé de notre philippin. Dur de démêler le vrai du faux, près de 90 ans plus tard...

Posté par xav73 à 20:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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