18 août 2009

Paulino Alcántara, fierté de tout un pays... (2)

philippinesflagalcantara


Avec Paulino Alcántara, mais aussi des joueurs comme Ricardo Zamora, Josep Samitier, Sagibarbá et plus tard Franz Platko, s'ouvrait, durant les années 20, le premier âge d'or du club catalan. En une décennie, le FC Barcelone allait s'affirmer comme un poids lourd sur la scène catalane mais aussi espagnole remportant 5 Coupes du Roi (en 1920, 1922, 1925, 1926 et 1928), véritable Championnat d'Espagne avant la création de la Liga, ainsi que la première Liga de l'histoire en 1929. Des succès à l'origine du déménagement du club pour un nouveau stade, Les Corts, inauguré le 20 mai 1922 lors d'un amical face aux Ecossais de Saint-Mirren. Le premier joueur blaugrana à inscrire un but dans cette nouvelle enceinte fut, est-ce une surprise, Paulino Alcántara. Pour être précis, le tout premier but fut inscrit par l'écossais Birrel ... contre-son-camp ! En 1923, le Barça effectua une tournée triomphale au Royaume-Uni, se confrontant à des équipes comme Dundee United, authentique géant à l'époque. Les spectateurs britanniques eurent alors l'occasion de découvrir tout le talent de l'attaquant philippin. Il fit une telle impression que le capitaine écossais, Jack Ross, déclara "Cet Alcántara est le meilleur joueur que je n'ai jamais vu. S'il était né en Grande Bretagne, il serait devenu millionnaire en jouant dans le championnat anglais." De nombreux succès donc mais aussi de nouvelles anecdotes. Comme lors de ce match de Coupe du Roi lors de la saison 1918/19 face à la Real Sociedad où une frappe d'Alcántara trouva sur son chemin un membre des forces de sécurité qui finit en compagnie du ballon dans la cage basque. Nul ne sait si le but fut accordé ou non. Une autre époque, d'autres mœurs... Les performances de Paulino sous les couleurs culés lui ouvrirent les portes de la sélection espagnole qui vivait alors ses premiers pas. Il fut sélectionné pour les Jeux Olympiques d'Anvers en 1920 mais dut décliner l'invitation pour cause d'examens à la Faculté de Médecine. Il ne fit donc pas partie des 11 premiers joueurs appelés (notamment ses coéquipiers Zamora et Samitier mais aussi le non moins célèbre Pichichi) à défendre les couleurs ibériques pour le premier match international de l'Espagne face au Danemark en terre belge. Revanche prise un an plus tard lors du premier match de l'Espagne sur ses terres, à Bilbao, face, hasard du destin, à la Belgique. Un match remporté 2-0, un doublé d'Alcántara bien sûr ! Donnant la priorité à ses études, il ne fut au final sélectionné qu'à 5 reprises sous les couleurs espagnoles inscrivant tout de même 6 buts. Outre les Philippines et l'Espagne, Paulino Alcántara évolua également sous le maillot catalan, comptabilisant 6 capes entre 1915 et 1924 (pour 4 buts).


Alcántara raccrocha définitivement les crampons en 1927 à l'âge de 31 ans au sommet de son art pour exercer le métier de médecin dans une clinique privée de Barcelone. Son jubilé fut l'occasion de voir s'affronter le Barça et la sélection espagnole aux Corts. Caprice de l'histoire, il mit un terme à sa carrière tout juste un an avant que ne naisse le premier championnat professionnel espagnol, la Liga. Il ne participa donc pas à la conquête de la première Liga par les Blaugranas et ne concourut jamais pour le titre de Pichichi, pouvant toutefois s'enorgueillir d'avoir affronté sur un terrain le footballeur basque (Rafael Moreno Aranzadi) au nom désormais si célèbre. Son ultime expérience footballistique eut lieu en 1951, lorsque qu'il fut nommé sélectionneur espagnol en compagnie de Félix Quesada et de Luís Iceta. Un triumvirat qui obtint des résultats contrastés (une victoire face aux Helvètes et deux matchs nuls) durant trois matchs, face à la Suisse, la Suède et la Belgique. Assez de temps pour qu'Alcántara puisse voir qu'être un bon joueur et être un bon entraîneur étaient deux choses distinctes. Il démissionna donc de son poste cette même année et se mit en retrait du monde du football pour se consacrer à nouveau à son métier de médecin. Paulino Alcántara décéda dans sa ville d'adoption de Barcelone le 13 Février 1964 à l'âge de 67 ans. Un personnage atypique à la vie digne d'un roman, il fut d'ailleurs le premier footballeur à écrire son autobiographie durant les années 20, un buteur hors pair et hors norme aux frappes légendaires. Cependant, dur de différencier tant d'années plus tard la légende de la réalité, l'affabulation de la vérité, l'anecdote véridique du détail enjolivé... Quoiqu'il en soit Paulino Alcántara reste et restera éternellement un personnage à part dans l'histoire du club catalan pour lequel il inscrivit la bagatelle de 356 buts en 357 matchs, ce qui fait de lui, et certainement à jamais, le meilleur buteur de l'histoire du Barça loin devant son compère Josep Samitier, l'homme langouste, (326 buts), ou des légendes comme László Kubala dont le compteur affiche tout de même 243 buts pour les Culés ! Sa prodigieuse carrière (décuple vainqueur du Championnat de Catalogne, quintuple vainqueur de la Coupe du Roi) en fait également le premier joueur "asiatique" à évoluer en Europe, à une époque où les voyages tenaient parfois plus de l'aventure que de la simple promenade de santé. Une carrière aux anecdotes savoureuses et plus extravagantes les unes que les autres, son parcours de médecin y compris. On ne compte plus le nombre de patients qui feignirent juste une indisposition passagère pour s'approcher de lui, écouter de vive voix le récit de ses exploits, sa version du fameux but de Bordeaux. Tous voulaient savoir comment avait-il pu tirer si fort, avec tant de violence, pour déchirer le filet. A tous, Alcántara donnait la même réponse. Il haussait des épaules et déclarait qu'il fallait demander au ballon. Malheureusement, cette balle n'a jamais voulu livrer le secret de la lourde frappe de l'éternel Romperredes...


Sur les traces du pionnier...


Si Paulino Alcántara fut le premier joueur asiatique à évoluer en Europe, d'autres suivirent très tôt son exemple durant l'entre-deux-guerres. On peut citer Hossein Sadaghiani, premier joueur iranien à évoluer à l'étranger qui fit notamment durant plusieurs saisons les beaux jours de Charleroi. Surnommé "Panne de verre", à cause d'une calvitie précoce, il fit montre de ses talents de buteurs pour les Carolos, inscrivant 14 buts lors de la saison 1930/31, puis 13 la saison suivante. On perd ensuite quelque peu sa trace, le revoyant apparaître épisodiquement sous les couleurs noires et blanches, puis en Turquie (Fenerbahçe) et en Autriche (Rapid Vienne). Il devint par la suite le premier sélectionneur de l'équipe nationale iranienne en 1941 et même le coach personnel du Shah d'Iran ! Autre pionnier, l'Indien Mohammed Salim, né en 1904 à Calcutta, qui porta les couleurs du Celtic Glasgow. Il débuta sa carrière dès l'âge de 9 ans à la Chittaranjan Football Academy de Baghnan. Quelques années plus tard, sous les couleurs du Mohammedan Sporting, il remporta trois fois consécutivement la Calcutta Football League, la plus ancienne compétition footballistique en Asie créée en 1898, de 1934 à 1936. Ayant pris une part importante dans ses succès, le jeune Salim fut invité avec son équipe à disputer un amical contre l'équipe chinoise olympique. Au dernier moment, il déclina l'invitation préférant prendre un bateau pour Southampton via Le Caire sur l'insistance de son cousin anglais Hashim qui voulait qu'il démontre ses talents en Europe. Par l'entremise de son cousin, il décrocha un essai au Celtic Glasgow. Seul problème, les Ecossais ne voulaient pas offrir un essai au jeune homme s'il persistait à jouer pieds nus. Finalement, les dirigeants du Celtic cédèrent et Salim put démontrer ses qualités devant un parterre de 100 membres du club. Un essai assez convaincant pour que les Glaswegians l'engagent pour les matchs de pré-saison. Des rencontres qui tournèrent à la démonstration, mené par un exceptionnel Salim, le Celtic battit Hamilton 7-1 puis Gaston 5-0 ! Après ces deux premiers matchs, les journaux étaient conquis, le Scottish Daily Express titra "Le Jongleur Indien - Un nouveau style" affirmant que "Les dix orteils scintillants de l'Indien Salim avaient hypnotisé la foule de Park Head". Mais quelques mois plus tard, c'est un Salim, nostalgique et blessé que devait prendre le bateau du retour, abandonnant sa carrière professionnelle en Ecosse pour retourner au pays. Les dirigeants du Celtic avaient essayé de le retenir en lui offrant 5% des recettes d'un match de charité organisé en son honneur. Salim déclina l'offre, préférant que l'argent soit donné à des orphelins. Au final, la somme atteint 1 800 £, une somme énorme à l'époque, mais Mohammed Salim tint parole et donna cette somme comme il l'avait promis. Deux personnages que l'Iranien Hossein Sadaghiani (ou plutôt le Persan, pour être tout à fait historiquement correct) et l'Indien Mohammed Salim, symboles, tout comme Paulino Alcántara, d'un football d'un autre temps, cocasse par moment, mais finalement si attachant...

Posté par xav73 à 21:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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