19 août 2009

Etats-Unis - Angleterre, un jour pour toujours !

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ETATS-UNIS


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ANGLETERRE


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1950, Brésil, IVème Coupe du Monde de l'histoire, la première de l'après guerre. Le plus dur dans ce Mondial fut peut-être de réunir assez d'équipes pour le jour. Les éliminatoires tournent à la farce grandeur nature. Pour des raisons politiques, les pays de l’Europe de l’Est ne sont même pas sélectionnés pour ces qualifications. Un choix qui prive de compétition des équipes du calibre de l’Union Soviétique, de la Tchécoslovaquie ou bien encore de la Hongrie. En Asie, l’Indonésie, la Birmanie et les Philippines se retirent de la compétition, permettant à l’Inde d’accéder aux phases finales, où la formation devait rencontrer l’Italie, la Suède et le Paraguay. Cependant, le règlement de la FIFA interdisant de jouer pieds nus, les Indiens déclarent forfait et le Groupe C ne compta au final que 3 équipes. En Amérique du Sud, l'Argentine, le Pérou et l'Equateur furent également forfaits laissant les autres équipes se qualifier sans jouer. Du côté de l'Europe ce n'est guère mieux, quelques forfaits bien sûr et surtout des situations pour le moins rocambolesques. Par exemple, l’Ecosse, qualifiée, a auparavant décrété qu’elle participerait à la compétition seulement si sa formation arrivait première de son groupe. Le destin en décida autrement (2ème après avoir perdu 1-0 contre l'Angleterre) et l'Ecosse se retira donc de la compétition ! La Turquie déclara forfait, elle aussi, après avoir été qualifiée. La France et le Portugal furent alors repêchés, mais les deux fédérations refusèrent l'invitation trop tardive pour mettre en place la logistique inhérente à une Coupe du Monde se déroulant au Brésil... Au bout du compte, on arriva malgré tout à réunir 13 équipes pour se disputer la Coupe Jules Rimet. 13 équipes divisées en 4 groupes : deux de 4 équipes, un de 3 et un de 2 ! Autre spécificité de la compétition, l'absence de demi-finales remplacées par un tour final réunissant les 4 premiers de chaque groupe, une formule qui fit long feu puisqu'elle fut abandonnée dès la fin du tournoi.


Mais intéressons nous plus précisément au Groupe B. Il réunit l'Espagne, le Chili, les Etats-Unis mais surtout l'Angleterre, pays du football, qui daigne enfin participer à une Coupe du monde (et aux éliminatoires) après avoir réintégré la FIFA. Les Anglais sont encore considérés à l'époque comme les "Rois du football" avec un bilan d'après guerre de 23 victoires pour 4 défaites et 3 nuls. Les Anglais débarquent d'ailleurs en Amérique du Sud avec toutes les grandes stars de l'époque : Sir Stanley Matthews, Billy Wright, Wilf Mannion, Stanley Mortensen, Alf Ramsey et Tom Finney. Après une prestation peu convaincante, leur premier match se conclut tout de même par une victoire 2-0 au Maracanã face à des méritants Chiliens. Dans le même temps à Curitiba, l'autre match du groupe vit une belle résistance des Américains face à l'Espagne. Les Etats-Unis passèrent même tout prêt de l'exploit. Menant un 1-0 à un quart d'heure de la fin, ils s'effondrèrent dans les dernières minutes sous les coups de boutoir du duo Estanislao Basora-Telmo Zarra perdant 3 buts à 1. Belle résistance néanmoins pour une délégation américaine composée en majorité de joueurs semi-professionnels ou d'amateurs évoluant au mieux dans l'American Soccer League (le championnat américain de l'époque considéré, à ... juste titre, comme l'un des plus faibles du monde). Une équipe bien hétéroclite et cosmopolite d'ailleurs. La composait entre autres : Ed McIlvenny, qui fut - par la suite - un éphémère joueur de Manchester United, et Walter Bahr, deux joueurs des Philadelphie Nationals, meilleur club du pays, Charlie Colombo, célèbre pour ses gants de cuir qu'il portait toujours sur le terrain (ces gants étaient en fait ceux de son travail, il emballait de la viande dans un entrepôt). L'équipe américaine peut aussi compter sur les deux Souza (Ed et John), deux garçons sans aucun lien de parenté, nés d'immigrants portugais, un formidable gardien en la personne de Frank Borghi, employé de pompes funèbres de son état et deux belges en la personne de Joseph Maca et de Joe Gaetjens (moitié belge, moitié haïtien). Un fort quota de joueurs provenait également de la région de Saint Louis et notamment du club des St. Louis Simpkins-Ford, du nom d'un sponsor local. La liste n'est pas exhaustive mais montre bien le caractère assez "artisanal" de cette sélection bâtie de bric et de broc. D'ailleurs, les cotes des bookmakers le montrent bien. La victoire de l'Angleterre lors de ce Mondial était côtée à 3-1 contre 500-1 pour celle des Américains. La rencontre entre les deux équipes à l'Estádio Independência de Belo Horizonte s'annonçait donc comme une formalité pour les Three Lions. Pour preuve le comité de sélection (en dépit de la demande de Walter Winterbottom) décida de laisser au repos Stanley Matthews (en froid avec la fédération, il avait déjà regardé la première rencontre face aux Chiliens depuis les tribunes).


Feuille du match : Etats-Unis - Angleterre 1-0

But :
Etats-Unis : Joe Gaetjens (38ème)

Lieu : Belo Horizonte, Estádio Independência

Date : 29 Juin 1950

Arbitre : M. Generoso Dattilo (Italie)

Affluence : 10 151 spectateurs

Composition des équipes :

Etats-Unis : Frank Borghi (St. Louis Simpkins-Ford) - Harry Keough (St. Louis McMahon), Joe Maca (Brooklyn Hispano), Walter Bahr (Philadelphia Nationals), Ed McIlvenny (Philadelphia Nationals, cap.), Charlie Colombo (St. Louis Simpkins-Ford), Frank Wallace (St. Louis Simpkins-Ford), Gino Pariani (St. Louis Simpkins-Ford), Joe Gaetjens (New York Brookhattan), John Souza (Ponta Delgada SC), Ed Souza (Ponta Delgada SC). Sélec. : William Jeffrey.

Angleterre : Bert Williams (Wolverhampton Wanderers) - Alf Ramsey (Tottenham Hotspur), John Aston (Manchester United), Billy Wright (Wolverhampton Wanderers, cap.), Laurie Hughes (Liverpool), Jimmy Dickinson (Portsmouth), Wilf Mannion (Middlesbrough), Tom Finney (Preston North End), Jimmy Mullen (Wolverhampton Wanderers), Stan Mortensen (Blackpool), Roy Bentley (Chelsea). Sélec. : Walter Winterbottom.
 


Le Match :


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La pelouse inégale et mal entretenue de l'Estádio Independência favorisait les Américains, habitués à jouer sur les surfaces les plus rugueuses. En revanche, le dépaysement était total pour les Anglais, plus accoutumés aux billards de Wembley ou de Highbury. Dès le coup d'envoi, les Etats-Unis, comme on pouvait s'y attendre, subirent les assauts anglais, ayant toutes les peines du monde à sortir de leur moitié de terrain. Les minutes passèrent et il semblait inéluctable que, tôt ou tard, l'Angleterre finirait par prendre l'avantage. Mais Borghi, le portier américain, était dans un grand jour. Tel un diable à ressort, il bondissait en tous sens et se trouve toujours, d'une façon ou d'une autre, sur la trajectoire de toutes les tentatives anglaises. Avec un peu de chance parfois lorsque, par exemple, le ballon fut renvoyé par le poteau à plusieurs reprises. La première frappe américaine n'intervint qu'à la 25ème minute et fut facilement captée par Bert Williams puis la domination anglaise reprend avec 3 nouveaux tirs dangereux aux 30ème, 31ème et 32ème minutes mais sans réussite (hors cadre ou encore et toujours Borghi). A la 37ème minute, Walter Bahr tenta sa chance d'une frappe lointaine non cadrée mais c'est alors que l'impensable se produisit. Au point de penalty, Joe Gaetjens dévia suffisamment le ballon de la tête pour qu'il rentre dans les filets. Bert Williams, le portier anglais était battu, les Etats-Unis ouvraient le score ! La foule, qui avait pris fait et cause, pour le petit poucet, était en délire. En dépit de l'écart gigantesque entre les deux formations, le score ne bougea plus jusqu'à la mi-temps. L'histoire raconte que l'arrière Américain Harry Keough aurait alors prédit à l'un de ses coéquipiers juste avant de revenir sur le terrain "Ca va être l'enfer en seconde période".


Pourtant les Etats-Unis revinrent survoltés sur le terrain et eurent même l'occasion d'aggraver la marque par Gaetjens qui vit sa tête filer juste au dessus de la barre. Mais de fait comme Keough l'avait annoncé le reste de la partie n'allait être qu'un long siège du but américain. Les attaques anglaises restèrent pourtant inefficaces, buttant toujours sur Frank Borghi. Cependant au fil des minutes, les Américains s'étiolent physiquement et le spectre d’une fin de match catastrophique comme face à l'Espagne apparut. C'est alors que le soutien des spectateurs de Belo Horizonte se fit plus pressant encore au son des "Mais Um" ("Encore un"), un public trop heureux de voir, peut-être, passer à la trappe l'équipe la plus susceptible de battre son Brésil pour le titre. En fin de rencontre, l'Angleterre obtient un coup-franc à la limite de la surface de réparation suite à une faute grossière de Charles Colombo sur Stan Mortensen. Sur le coup-franc, Ramsey trouva Jimmy Mullen dont le tir fut arrêté in extremis, en deux temps, par un Borghi décidément en état de grâce. Tellement in extremis que quelques joueurs anglais fêtaient déjà le but en pensant que la balle avait franchi la ligne mais l'arbitre italien Generoso Dattilo leur fit rapidement signe qu'il n'en était rien. Le coup de sifflet final arriva quelques instants après. L'impossible était devenu réalité, les Etats-Unis avaient terrassé les Anglais. Une équipe d'amateurs bricolée à la va-vite avait réussi à battre une équipe qu'on estimait encore, quelques semaines plus tôt, invincible. Pendant que les joueurs de l'Angleterre tombaient à genoux incrédules, les fans descendirent sur la pelouse porter les Américains en triomphe. Comme le dit plus tard Walter Bahr, "the underdog always gets the crowd for them." (L'opprimé a toujours la foule de son côté).


"Prolongations" :


Le lendemain du match, la majorité des journaux britanniques firent leur une sur la large victoire de ... l'Angleterre 10 à 1 face aux modestes Américains. En effet, les journalistes avaient pensé qu'une coquille s'était glissée dans la dépêche et était à l'origine de ce score incroyable de 1 à 0. Les Anglais ne se remirent pas de ce match et furent éliminés quelques jours plus tard (défaite 1-0 face à l'Espagne) tout comme les Etats-Unis qui perdirent leur dernier match face aux Chiliens 5 buts à 2 après être pourtant revenu de 2-0 à 2-2 et terminèrent dernier du groupe (à égalité de points avec le Chili et l'Angleterre mais avec une différence de buts plus défavorable). Nonobstant son fair-play légendaire, la sélection anglaise avait déposé après cette défaite calamiteuse face aux Etats-Unis une réclamation auprès de la FIFA au motif que Joe Gaetjens, Ed McIlvenny et Joe Maca n'étaient pas né sur le sol américain mais à Haïti, en Ecosse et en Belgique. Une plainte sans suite et une anecdote de plus dans l'histoire de ce qui est certainement une des plus grandes contre-performances dans l'histoire des Coupes du Monde. La performance des joueurs à la bannière étoilée fut sans lendemain et ils rentrèrent au pays comme ils en étaient partis : dans l'indifférence générale. Les Etats-Unis n'allaient retrouver la Coupe du Monde ... que 40 plus tard !

(*) Légende Photo :
Debouts : Mgr Walter Geisler, Joseph Maca, Charles Colombo, Frank Borghi, Harry Keough, Walter Bahr, Coach William "Bill" Jeffrey
Accroupis : Frank Wallace, Ed McIlvenny, Gino Pariani, Joe Gaetjens, John (Joe) Sosa, Ed Sosa

Posté par xav73 à 14:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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