23 août 2009

Stanley Matthews, The Wizard of the Dribble (1)

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Stanley Matthews, deux mots qui en Angleterre sont quasi synonymes de football, un football en noir et blanc. Un héros des temps où le football ne se conjuguait pas encore avec argent, où les légendes naissaient, plus volontiers, sous la plume de journalistes dithyrambiques que devant l'objectif de rares caméras. Premier Ballon d'Or de l'histoire en 1956, exemple même de l'ailier, quasiment disparu de nos rectangles verts modernes, cet Anglais n'a pourtant à son palmarès qu'une seule et maigre ligne : une Coupe d'Angleterre remportée en 1953 sous les couleurs de Blackpool. Etonnant paradoxe pour celui qui était, très certainement, le meilleur joueur britannique de sa génération. Un personnage dont le nom est à peine murmuré dans l'histoire des grandes compétitions que sont la Coupe du Monde ou la Coupe d'Europe des Clubs Champions, une silhouette longiligne au port altier qui devint le premier footballeur anobli lorsque la Reine Elisabeth II le fit Chevalier de l’Empire Britannique en 1957... Un joueur enfin à la longévité exemplaire qui ne raccrocha les crampons qu'en 1965 à 50 ans, soit plus de trois décennies après avoir débuté au plus haut niveau ! Comparez, sa carrière internationale a débuté en 1934 et s'est achevée en 1957. Aucune coquille ni faute de frappe n'est venu se glisser dans cette phrase : la carrière internationale de Stanley Matthews s'étale bien sur près d'un quart de siècle ! Diabolique numéro 7 qui terrorisa les défenseurs d'Angleterre et d'ailleurs durant tant d'années... Mais commençons, en toute logique, par le début de l'histoire. Stanley Matthews est né le 1er Février 1915 à Hanley, un quartier de Stoke-on-Trent, une ville plus renommée pour la poterie que pour ses clubs de football pourtant au nombre de deux, Stoke City, très imaginativement surnommé The Potters et Port Vale, qui compte parmi ses fans le chanteur Robbie Williams.


Le jeune Stanley était le fils d'une "gloire" locale de la boxe, au surnom très engageant de The Fighting Barber of Hanley qui fut en son temps champion poids plume des Potteries (la région de Stoke) et n'avait perdu que 9 combats sur près de 350 disputés tout au long de sa carrière. Stanley et ses trois frères aimaient taper dans la balle, ou dans tout ce qui pouvait la remplacer, sur le terrain non loin de chez eux. C'était d'ailleurs souvent une vieille boîte en fer blanc ou une boule de chiffons qui occupaient leur attention et c'était une grande occasion lorsque les garçons pouvaient jouer avec un vrai ballon en caoutchouc. Matthews déclara bien plus tard au sujet de ces jeux "J'étais tout le temps en train de jouer. Ma mère ne pouvait pas comprendre mais un ballon me fascinait." Il fit très vite partie de l'équipe de son école, la Wellington Road School, marquant, lors d'une rencontre face à la Cannon Street School, 11 des 18 buts de son équipe lors d'un mémorable 18-0. A l'âge de 13 ans, Stanley joua pour les Hanley Boys. Lors d'un match mal engagé pour son équipe qui perdait 2-1 à Altrincham dans un championnat scolaire, il fut replacé en attaque. Le résultat fut catastrophique pour ses malheureux adversaires car Matthews marqua 8 buts et Hanley s'imposa au final 13 à 2. Durant ses jeunes années, Stanley Matthews fut même sélectionné avec l'équipe d'Angleterre scolaire pour une rencontre face au Pays de Galles à Bournemouth. Il travaillait comme apprenti maçon, ou parfois aidé son père dans son métier de coiffeur, et jouait au football pour le club de Stoke St Peter's. Tout ces progrès était suivi avec attention par le club de Stoke City, et le jour de ses 15 ans, le manager des Potters, Tom Mather, offrit au jeune Stan un contrat pour la somme d'1£ par semaine. La même année, il fit ses débuts en Central League avec l'équipe réserve de Stoke contre Burnley. Le lendemain, un journal local, The Stoke Sentinel, parlait des débuts prometteurs d'une jeune international scolaire S. Matthews, très utile sur son aile droite, lors de la victoire de son équipe 2-1. Cette même saison, Matthews réapparut une fois parmi l'équipe réserve de Stoke avant de participer à 22 nouvelles rencontres de Central League, toujours en tant qu'amateur, la saison suivante. Le jour de ses 17 ans, il parapha son premier contrat professionnel pour Stoke bien qu'Huddersfield Town, attiré par ce talent naissant, ait essayé de l'engager en formulant des offres de 1 000 £ et même 5 000 £. Matthews débuta en Football League en Mars 1932 face à Bury lors d'une victoire 1-0. Il fut à nouveau de la partie le match suivant face à Barnsley où il se distingua sur l'aile gauche, inscrivant même un but refusé pour hors-jeu.


Ces deux matchs allaient être ses deux seules apparitions parmi l'équipe première durant toute la saison 1931/32. Cette saison-là, Stoke termina troisième de D2, quelques longueurs derrière les deux promus, les Wolverhampton Wanderers et Leeds United. Ce n'était que partie remise, la saison suivante, les Potters terminèrent premier une longueur devant Tottenham, et six devant Fulham décrochant une place parmi l'élite. Sur le plan personnel, Matthews disputa 15 rencontres, inscrivant même son premier but lors d'un derby remporté 3-1 face à Port Vale. Il serait néanmoins largement exagéré, et même injuste, de le considérer comme un des artisans majeurs de la montée de Stoke dont le mérite revient plus au buteur Joe Mawson ou à l'ailier Joe Johnson, avec 31 buts à eux deux, ou bien encore au gardien Roy John, qu'au jeune Stanley. La saison 1933/34 fut prolifique pour Matthews qui inscrivit 15 buts, toutes compétitions confondues, et s'imposa véritablement comme un membre important de l'équipe ce qui lui valut d'être appelé en équipe d'Angleterre (cela faisait 31 ans qu'aucun joueur de Stoke n'avait été sélectionné sous le maillot des Three Lions !) pour un match face au Pays de Galles le 29 Septembre 1934. Au Ninian Park de Cardiff, les Three Lions ne firent qu'une bouchée des Gallois 4 à 0 avec un doublé Fred Tilson et des buts Eric Brook et, cerise sur le gâteau, de Stanley Matthews pour sa première cape ! La deuxième sélection de Matthews quelques semaines plus tard fut moins heureuse. Si l'Angleterre battit, ce jour-là, à Londres, l'Italie sur le score 3-2 (dans un match pour le moins violent qui passa à la postérité sous le nom de Battle of Highbury), Stanley Matthews ne fut épargné par les critiques et notamment ces quelques lignes assassines de Geoffrey Simpson dans le Daily Mail "Le jeu de Matthews dans le récent match international ralentissait le jeu de l'équipe, montrant des signes de lenteur et d'hésitation. Peut-être, manque-t-il de tempérament lors des grands matchs..."


Le Stoke du milieu des années 30 s'appuyait sur le trio formé par Stanley Matthews et le duo d'attaquants, eux aussi natifs de Stoke, que formaient Tommy Sale et Freddie Steele. Un trio performant puisqu'il permit aux Potters de terminer troisième du championnat en 1935/36 à 9 points du champion, Sunderland, et à seulement 1 de son dauphin Derby County. Si la plupart des saisons se terminaient par une place en milieu de tableau, quelques unes de plus belles heures du club s'écrivaient. En Février 1937, Stoke domina West Bromwich Albion 10–3, avec un quintuplé de Steele. Ce même Steele qui inscrivit lors de cette 1936/37 un total de 33 buts terminant ainsi meilleur buteur. De son côté, Stanley Matthews s'affirmait, de plus en plus, sur le plan international, réalisant même un triplé fin 1937 face à la Tchécoslovaquie (5-4). Un triplé qui permettait à l'Angleterre réduite à 10 sur blessure de préserver son invincibilité à domicile, pour le moment ... mais nous n'en sommes pas encore là. Courant 1938, les rumeurs coururent comme quoi le jeune prodige voulait quitter son club pour donner un nouvel élan à sa carrière. Mais devant la protestation de plusieurs milliers de supporters, Matthews annonça officiellement sa volonté de rester au club de ses débuts. Mais des années noires se profilaient à l'horizon. Le 14 mai de cette même année, il faisait partie de l'équipe d'Angleterre qui battit l'Allemagne nazie à Berlin dans un match plus politique que purement sportif quelques semaines après l'Anschluss. Un an après, la Seconde Guerre Mondiale éclatait...

Posté par xav73 à 13:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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