05 janvier 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 1)

histo121 Juillet 1969. Mer de la Tranquillité. Buzz Aldrin pose pour l'éternité. Cette photo a fait le tour du monde, au point d'être considérée aujourd'hui par certains comme la photo du XXème siècle. Elle marque l'apogée de la course à l'espace, de cette rivalité technico/scientifique qui vit s'opposer les deux superpuissances américaine et soviétiques au cœur de la Guerre Froide. Rivalité entre deux blocs, deux idéologies mais aussi, et surtout, deux hommes : Werner Von Braun et Sergueï Korolev. Deux scientifiques aux destins extraordinaires tous deux mus par un même rêve fou : repousser les limites du possible en envoyant des êtres humains dans l'espace. Un rêve insensé, une chimère totalement irréaliste qui allait pourtant devenir, en l'espace de quelques décennies, réalité...

Von Braun et Korolev, deux noms, l'un mondialement connu, l'autre presque remisé au rebus de l'histoire et quasi ignoré du grand public, étrange paradoxe symptomatique de ce monde bipolaire. Un des meilleurs scientifiques de l'Allemagne nazie, passé du côté Américain au terme d'une incroyable « chasse à l'homme », face à l'un des plus éminents scientifiques de l'Union Soviétique sorti du goulag pour devenir le directeur du programme spatial de son pays. L'un comme l'autre furent à l'origine des plus grandes avancées dans la conquête spatiale comme le lancement du premier satellite artificiel, le premier homme dans l'Espace ou bien sûr le premier pas de l'homme sur la Lune.

La course à Von Braun - De Peenemünde à Fort Bliss...

Les missiles V2, V pour vengeance (Vergeltung), l'arme secrète qui suscitait le fol espoir de l'Allemagne Nazie de renverser le cours de la Seconde Guerre Mondiale dans les dernières semaines de ce conflit meurtrier. Ce bijou technique, d'une portée de 350 km, pouvait atteindre plus de quatre fois la vitesse du son et frappait Londres en quelques minutes. L'homme à l'origine de ce projet n'est autre que Werner von Braun, directeur technique du centre de Peenemünde, au bord de la Mer Baltique. Von Braun et son équipe travaillent à la mise au point et à l'élaboration de cette nouvelle arme stratégique depuis le début de la guerre en 1939. Pour le jeune ingénieur, ce succès technique est une consécration. Né le 23 mars 1912 à Wirsitz, aujourd'hui en Pologne, il est le deuxième des trois fils du baron Magnus von Braun, qui sera ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de la république de Weimar, et d'Emmy von Quistorp. Il étudie la technologie à l'Institut de Charlottenburg, puis à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich, avant de rentrer à Berlin où il obtiendra notamment son doctorat en physique (dont la thèse avait comme sujet la propulsion des fusées). Sa vocation est particulièrement précoce. Dès 1930, à l'âge de 19 ans, il rejoint un petit groupe de techniciens allemands (au nombre desquels Hermann Oberth, pionnier allemand de l'aérospatiale qui fera, bien des années plus tard, partie de l'équipe réunie à Peenemünde), la Société pour la navigation dans l'espace (Verein für Raumschiffahrt, VfR) qui cherche à construire et à expérimenter de petites fusées. Comprenant rapidement que s'il veut poursuivre ses rêves de conquête spatiale il nécessite de moyens plus importants, Werner von Braun rejoint rapidement l'armée avant d'adhérer au parti nazi en 1937. En 1940, il intègre d'ailleurs la SS comme Untersturmführer puis est promu trois fois par Himmler pour atteindre le grade de Sturmbannführer.

histo2A la fin de la guerre, les Etats-Unis, conscients des avancées technologiques de l'Allemagne nazie, décident d'exfiltrer des scientifiques allemands pour bénéficier de leurs compétences, lançant l'Opération Paperclip (1). Wernher von Braun est une des cibles de ce programme. Mais l'Union Soviétique n'est pas en reste et compte, elle aussi, récupérer les plans et les hommes à l'origine des V2. Devant l'avancée des troupes soviétiques, la décision d'évacuer le site stratégique de Peenemüde fut prise. Les Soviétiques perdirent là l'occasion de faire main basse sur la technologie des missiles mais parvint néanmoins à récupérer de nombreux plans. Werner von Braun avait, lui également, fui les bords de la Baltique, grâce à de faux sauf-conduits qui trompèrent la vigilance des SS, pour le complexe de production des V2 (à Dora-Mittelbau) situé au cœur de l'Allemagne. Le front se réduisant, son supérieur militaire obligea son équipe d'ingénieurs à fuir à nouveau, vers les Alpes bavaroises d'où il parvint à prendre contact avec les Américains. Le 2 mai 1944, une patrouille de l'armée américaine à Reutte, dans le Tyrol autrichien, vit en effet arriver vers elle un homme qui leur déclare « Je suis Magnus von Braun, le frère du grand ingénieur constructeur de fusées Wernher von Braun, que vous recherchez ardemment, de même que les Soviétiques. Il ne veut se rendre qu'aux Américains, et fuir le plus loin possible des Russes. Etes-vous d'accord ? ». Le capitaine américain qui commandait la patrouille donna son accord. Et deux heures plus tard, au lieu convenu, Wernher von Braun (il a un bras plâtré, à la suite d'un accident d'automobile) se rendit en souriant, ainsi que ses collaborateurs les plus proches, aux soldats américains. Il leur indiqua également la cachette où il avait camouflé 14 tonnes de documents. L'un des plus éminents ingénieurs de son époque venait ainsi de passer dans le camp américain et avec lui le plus clair de son équipe. (2) L'opération Paperclip avait réussi. L'Amérique a ses cerveaux. L'usine de production de Dora-Mittelbau (sombre réseau de tunnel rattachée au camp de Buchenwald) fut, quant à elle, libérée par les troupes américaines mais se retrouva située en future zone soviétique au terme des accords sur la division de l'Allemagne. Les Américains eurent alors un mois pour démanteler l'usine de production et emmener ingénieurs et matériel (pièces démontées provenant de 100 V2) par voie ferrée jusqu'en zone alliée, puis jusqu'aux Etats-Unis. Ne resta aux Soviétiques après la passation qu'une usine partiellement démontée. Ils ne purent s'adjoindre la collaboration que d'une petite partie des ingénieurs ayant collaboré avec Von Braun (notamment Hermann Gröttrup) pour reconstituer la propulsion verticale de leur propre misisle balistique. Tout d'abord regroupé en Allemagne, les ingénieurs et techniciens qui avaient choisi de travailler pour les russes autour de cette usine se retrouvèrent finalement à Moscou, afin de développer ce secteur technologique d'une importance capitale sur lequel l'URSS semblait partir avec une longueur de retard.

(1) L'opération Paperclip concernera aussi des scientifiques comme Hans von Ohain, l'un des inventeurs du moteur à réaction, Kurt Lehovec, pionnier dans le domaine des circuits intégrés, mais aussi bien d'autres scientifiques plus ou moins controversés pour leur rôle lors de la Seconde Guerre Mondiale.

(2) Le colonel américain Joe Holmes cabla d'ailleurs cet étonnant télégramme à Washington « Ai sous la main personnel qui dirigeait les recherches à Peenemünde. Ont construit V2. Crois développement important pour la guerre du Pacifique. Sont désireux continuer dans d'autres pays offrant possibilités, de préférence USA, puis Angleterre, enfin France. »

Posté par xav73 à 10:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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