25 mars 2010

Du V2 à la Lune... (Partie 7)

histo21

Objectif Lune

Promu héros national après le lancement réussi d'Explorer 1, Von Braun fit la couverture du magazine Time. Deux ans plus tard, l'acteur Curd Jürgens interpréta son personnage dans le film Je vise les étoiles. Un comique new­yorkais ajouta un sous­titre grinçant : « Et parfois je frappe Londres. » Dans l'instant, l'allusion aux V 2 ne marqua pas les esprits. Elle resurgira. Mais jamais à Huntsville, où le sujet restera tabou... Pour l'heure, l'espace devient cause nationale même si la naissance de la NASA, courant 1958, se fit dans une relative indifférence. L'administration connut même quelques déboires dans le domaine des vols habités lors de ses deux premières années. Eisenhower et son équipe préconisaient de continuer les recherches dans le domaine des vols et des sondes non­habités. Peu de temps avant la fin de son mandat, il déclara ainsi devant le Congrès qu'un travail plus en profondeur devait être effectué pour déterminer s'il existait de véritables raisons scientifiques pour continuer les vols habités à l'issue du projet Mercury, qui était actuellement en cours. L'ambiance n'était donc pas au beau fixe... Peu importe : à l'arsenal de Huntsville, rebaptisé Marshall Space Flight Center, Von Braun pilotait la plus grosse base de la toute nouvelle agence fédérale (5 500 personnes). Sauf que son franc­parler dérange, que sa loyauté fait débat. « Il se fiche éperdument du drapeau », laissait entendre Bob Gilruth, alors patron du centre des astronautes de Houston (Texas). Houston, Huntsville... Entre les deux sites, les relations sont tendues. Il faut dire que von Braun est vorace. Sans autorisation ni budget, il fit construire un réservoir géant où pouvaient être simulés, sous l'eau, les exercices reproduisant la microgravité. Il réclama aussi que le centre d'entraînement des astronautes soit transféré à Huntsville ! En vain. Ceux-ci restèrent à Houston, mais s'aventurèrent parfois dans ce coin d'Alabama que certains surnommaient « Plouc City ». Von Braun les y accueillait en maître des lieux. « En dehors de lui, personne à l'horizon qui ait un brevet de pilote », s'inquiétait Alan Shepard, l'un des as de l'aéronavale. Mais leur hôte se voulait rassurant. « Von Braun adorait les astronautes », raconte son ancien attaché de presse Ed Buckbee. Pourtant, le 5 mai 1961, lorsque ce même Shepard embarqua à bord de la capsule Freedom 7 pour le premier vol habité américain (un saut de puce suborbital de quinze minutes (4)), il était de mauvaise humeur : Gagarine lui avait volé la vedette, un mois plus tôt, signant une fois de plus une « première » soviétique. La faute à la German Team : par sécurité, elle avait réclamé deux vols tests supplémentaires, et ce délai avait profité à l'adversaire. « Wernher était un visionnaire audacieux, mais, sur le terrain, il a toujours affiché une extrême prudence », rappelle Korad Dannenberg, un de ses collaborateurs.

shepard

Au retour de Shepard, il reprit malgré tout sa casquette de visionnaire. « Désormais, annonce-t-il, nous irons de plus en plus loin. » Le propos ne devait rien au hasard. Il venait en effet de recevoir un mémo de la Maison-Blanche. « Quelles sont nos chances de battre les Russes et d'arriver sur la Lune d'ici à 1970 ? » lui demandait le président, John Fitzgerald Kennedy qui avait remplacé depuis peu Einsenhower. Sa réponse fut sans ambiguïté : « Une très bonne chance. » Et pourtant, aller sur la Lune, l'idée semblait folle mais rusée : puisque les Américains étaient en retard, il fallait oser un saut technologique, mettre la barre très haut pour tout le monde. Mais cela impliquait de construit une fusée dix fois plus puissante. « Si nous ne disposons pas, aujourd'hui d'un tel engin, il est peu probable que les Soviétiques en possèdent un, argumenta Von Braun dans le rapport secret repris par Robert McNamara, secrétaire à la Défense. En y mettant les moyens, nous pourrions atteindre ce but vers 1968 ou 1969. » Kennedy hésita : il proposa même l'impensable aux Soviétiques : explorer les étoiles de concert, au grand dam des militaires américains. Et puis, le 25 mai 1961, le président prononça son discours historique : « Nous devons faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur la Terre avant la fin de la décennie. » Un pari qui allait faire date dans l'histoire. Pour la première la situation était renversée, les Soviétiques furent stupéfaits par le coup de bluff. Von Braun est aux anges mais il voit déjà plus loin... « Il a toujours considéré la Lune comme un point de ralliement qui faisait consensus, avait confié, peu de temps avant sa mort, le physicien d'origine allemande Ernst Stuhlinger. Le véritable objectif de Von Braun était Mars. » Von Braun aura été l'un des principaux instigateurs du programme Mercury, il le sera aussi pour ses successeurs : Gemini et Apollo. Si Mercury avait pour objectif de démontrer qu'un être humain pouvait survivre dans l'espace (ce qui fut vérifié grâce aux sauts de puce d'Alan Shepard et de Virgil Grissom) et Gemini celui de développer la technologie et l'expérience nécessaire au rendez-vous spatial et aux sorties extravéhiculaires (deux étapes essentielles aux missions lunaires), l'objectif d'Apollo était clairement de permettre aux Américains d'être les premiers à poser un pied sur la Lune.

(4) Le premier américain à faire le tour de la Terre en orbite fut John Glenn lors de Mercury 6 le 20 Février 1962, près d'un an après Gagarine. Outre ces succès, le programme Mercury marqua également l'envoi du premier hominidé dans l'espace, en la personne du célèbre chimpanzé Ham qui décolla de Cap Canaveral le 31 Janvier 1961, quelques semaines avant le vol historique de Youri Gagarine.

Posté par xav73 à 14:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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