19 août 2009

Le jour où l'OGC Nice battit le grand Real

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OGC NICE


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REAL MADRID


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Le match auquel nous allons nous intéresser aujourd’hui reste, lui, un des plus beaux exploits d’un club français dans une compétition européenne et en l’occurrence certainement le match le plus connu de l’histoire de l’OGC Nice. Dans la mémoire collective des Nissarts : ce Nice-Real du 4 février 1960 reste et restera longtemps certainement comme LE match mythique par excellence. 1960, la fin d’une décennie en or pour le Gym marquée notamment par 4 titres de champion en 1951, 1952, 1956 et 1959 ! A l’époque, l’OGCN est un gros du football français, l’égal du Stade de Reims. Le club compta dans ses rangs durant les années 50 des joueurs prestigieux comme Joseph Ujlaki, passé par la suite au RC Paris et qui reste encore aujourd'hui l'un des meilleurs buteurs de l'histoire du championnat de France avec 189 buts parmi l’élite hexagonale, Just Fontaine, qui restera certainement ad vitam et ternam le meilleur buteur sur une Coupe du Monde (13 buts en 1958 en Suède), Vic Nurenberg, Pancho Gonzales, et bien d’autres joueurs valeureux dont les noms n’évoquent plus grand chose pour le fan lambda de ce début de XXIème siècle : Alain Cornu (1 sélection avec les Bleus), Jacques Foix (7), Georges Lamia (7 également), … Sur le plan européen, le Gym (finaliste de la Coupe Latine 1952) débutera dans la toute fraîche Coupe d'Europe des Club Champions lors de la saison 1956/57, pour être très précis, le 19 septembre 1956 à Copenhague face aux Danois d’Aarhus. Un premier tour passé sans soucis malgré un nul 1-1 à l’aller (5-1 au retour au Ray). Vinrent après les Glasgow Rangers en Huitièmes que les Niçois éliminèrent en 3 matches (1-2, 2-1, 3-1) avec un match d’appui disputé au Parc des Princes. En quarts de finale, l'adversaire est … le Real de Madrid qui a remporté contre Reims la première finale de la Coupe quelques mois plus tôt. Les Niçois n'existent pas : 0-3 le 14 Février à Madrid et 2-3 le 14 Mars à Nice. La fin d’une première aventure…


Mais revenons à nos moutons, ou plutôt couleur locale oblige, à nos aiglons. En cette saison 1959/60, Nice, champion de France en titre, représente donc les couleurs françaises en C1. Au premier tour, le 26 août, l'OGCN accueille les Irlandais des Shamrock Rovers. Après un très mauvais match, les Azuréens gagnent quand même 3-2 (penalty de Nurenberg et 2 buts de Foix). Le retour du 23 Septembre à Dublin est épique, archi-dominé le Gym craque dès les premières minutes mais égalise par Jacques Faivre à la 25ème. Le spectre d’un 2ème but irlandais, synonyme de match d'appui va planer mais la chance est du côté niçois. 1-1, score final. En 8èmes, le 19 novembre à Istanbul, les Aiglons s’en vont défier Fenerbahçe mais repartent avec une défaite 2 buts à 1 dans les besaces. Au retour à Nice le 3 décembre, Nice mène 2-0 (Foix et Faivre) à 8 minutes de la fin. La qualification est presque acquise mais Cornu, en voulant donner en retrait à son gardien, Lamia, rate sa passe, un Turc intercepte, Martinez se jette et c'est le penalty. Résultat 2-1 et un match d’appui à disputer le 23 décembre à Genève. Une formalité, 3-0 à la mi-temps (Foix, Milazzo, Faivre), 5-1 à la fin (De Bourgoing et Foix ont marqué après la pause). Se présente alors sur les routes des Français le grand Real qui, de son côté, a sorti les Luxembourgeois de Jeunesse d'Esch…


Feuille du match : OGC Nice - Real Madrid 3-2

Buts :
Nice : Vic Nurenberg (52ème, 68ème s.p., 84ème)
Real : Chus Herrera (15ème), Héctor Rial (26ème)

Lieu : Nice, Stade du Ray 

Date : 4 Février 1960

Arbitre : M. Da Costa (Portugal)

Affluence : 21 422 spectateurs

Composition des équipes :

OGC Nice : Georges Lamia - Alphonse Martinez, Pancho Gonzales, André Chorda - Alain Cornu, François Milazzo - Hector De Bourgoing, Jean-Pierre Alba, Jacques Foix, Victor Nurenberg, Keita Oumar Barrou. Entr: Jean Luciano.

Real Madrid : Rogelio Dominguez - Alonso Marquitos, José Emilio Santamaría, Miché - José Maria Vidal, Juan Santisteban - Chus Herrera, Héctor Rial, Enrique Mateos, Ferenc Puskás, Francisco Gento. Entr. : Manuel Fleitas Solich.
 


Le Match :


Les Madrilènes, mêmes privés de l'Argentin Alfredo Di Stefano forfait, ne craignent guère les retrouvailles avec des Niçois qu'ils avaient éliminés trois ans auparavant. D'ailleurs pourquoi s'inquiéter pour si peu ? Le Real de Santiago Bernabéu, son charismatique président, ne s'était alors incliné qu'à cinq reprises en C1 : deux fois lors de la saison 1955/56 face au Partizan Belgrade et au Milan AC, une fois en 56/57 face au Rapid Vienne, une en 57/58 face au Vasas Budapest et pour finir une fois en 58/59 face aux voisins de l'Atlético Madrid. Des défaites qui n'avaient pas empêché les Merengues de s'adjuger les 4 premières éditions de la compétition. Le club madrilène profite de ce déplacement sur la Côte d'Azur pour se rendre à plusieurs réceptions d'avant-match : la première, dès son arrivée, doit la conduire à Monaco ; la seconde, à Fréjus, où doit être inaugurée une nouvelle tribune financée par le Real. Pas forcément le meilleur moyen de préparer un match de Coupe d'Europe. A l'inverse, les Niçois accordent à ce choc une importance extrême. Ils viennent de faire chuter Nîmes, alors leader de la L1, puis de s'imposer à Sochaux, le dimanche précédant la venue du Real, avec une équipe "mixte" (cinq titulaires). Fait rarissime en ces temps-là, Jean Luciano, l'entraîneur du Gym, a fait l'impasse sur ce déplacement, préférant se rendre à Bilbao pour "espionner" les Madrilènes. "Le Real m'a fait une très grosse impression de sûreté", reconnaît-il à l'époque dans France Football, tout en estimant que son net succès devant les Basques "peut lui donner une certaine tranquillité d'esprit qui risque de se retourner contre lui et de servir d'arme à l'équipe niçoise". Hélas pour eux les madrilènes ne liront pas cet avertissement, ou alors trop tard, peut-être par la faute d'une série de contretemps. Rentrant de Bilbao à Madrid en train le lundi matin, ils ne peuvent s'envoler pour Nice qu'en milieu d'après-midi en raison d'un brouillard inattendu. Du coup, le programme, déjà chargé des Espagnols, va devenir de plus en plus incompatible avec la préparation d'un match de haut niveau. De plus, la rencontre est programmée le jeudi après-midi à 15 heures, un horaire inhabituel, dû à l'absence d'équipement pour des matches en nocturne au Stade du Ray (les pylônes d'éclairage ne seront installés que quelques années plus tard).


Qu'importe ! Ils sont 21 422 spectateurs à se masser ce 4 février 1960 dans les tribunes du Ray. Les Niçois dominent, se procurent plusieurs occasions, mais en vain. Plus réalistes, les Madrilènes inscrivent "deux buts stupides", par Herrera (15e), puis Rial (26e). "A 0-2, les Niçois se sont lâchés", raconte Just Fontaine, qui commentait la rencontre pour la radio, tandis que Vic Nurenberg, qui ne sait pas qu'il va bientôt entrer dans l'histoire, se souvient d'une "fameuse engueulade de Luciano à la mi-temps". Un discours musclé dont FF donnera un aperçu, version édulcorée, par la suite : "Vous n'avez pas forcé la cadence et, sans un rare manque de réussite, vous ne devriez pas être menés. Vous avez donc bien joué, mais maintenant il faut "leur manger le foie". Vous gagnerez." Et, contre toute attente, sa prédiction va devenir réalité ! Cornu et Milazzo, remontés comme des horloges, ne laissent plus passet Puskas et Rial, tandis que Martinez met Gento sous l'éteignoir. Sur un centre de De Bourgoing dévié par Barrou, Nurenberg bat Dominguez de près pour, croit-on, sauver l'honneur (52e). Un quart d'heure plus tard, Nurenberg perce, Santisteban l'accroche, provoquant sa chute. Penalty, indique l'arbitre portugais M. Da Costa même si certains Madrilènes estimeront sa décision "scandaleuse". Et Nurenberg se fait justice, de manière heureuse. "J'ai l'habitude de tirer à droite du gardien, racontera-t-il. J'ai pris mon élan pour shooter ainsi, et puis, en course, j'ai changé d'avis et j'ai voulu tirer à droite : j'ai envoyé la balle en plein milieu. Heureusement que Dominguez est parti sur sa droite." Euphorisés par cette égalisation, les Niçois se ruent à l'attaque et, le cœur entre les dents, finissent par arracher une invraisemblable victoire : un mouvement amorcé par Alba poursuivi par Barrou et De Bourgoing, aboutit à Nurenberg, qui, après un amorti de la poitrine, bat Dominguez en force (84e) ! Et sur une remise en touche que Nurenberg s'apprête à jouer, l'arbitre siffle la fin de la rencontre sur ce score de 3-2 qui permet à l'OGC Nice de devenir la première équipe française à battre le grand Real, laissant au Luxembourgeois le bonheur de conserver le ballon du match. Pour l'éternité...


"Prolongations" :


Malheureusement cette belle première victoire ne sera pas suivie d'une qualification pour les Demi-Finales de la C1. Le 2 Mars, au Stade Chamartín, le Real et son trident offensif Di Stéfano-Puskas-Gento à nouveau au complet ne fait qu'une bouchée des Aiglons : 4 buts à rien grâce à Pepillo, Gento, Di Stéfano et Puskas. N'empêche d'après Michel Oreggia auteur du livre "OGC Nice 100 ans de passion" : à la suite de l'expulsion à la 44ème de De Bourgoing (pour contestation sur un penalty accordé au Real et arrêté par Lamia), l'arbitre fera durer la mi-temps 54 minutes (le Real marquant son 3ème but vers la 50ème !) Nice portera réclamation, mais que pouvait-on faire contre le Real de ce temps là ?... Le Real remportera quelques semaines plus tard la C1 face à l'Eintracht Francfort, mais ceci est une autre histoire que vous devriez d'ailleurs déjà connaître...


Commentaires sur Le jour où l'OGC Nice battit le grand Real

    J'y étais !

    J'avais 12 ans et c'était le 1er match de foot auquel j'ai assisté. Je suis devenu fou de foot et celà fait 51 ans que ça dure!
    Moralité : si vous voulez faire aimer le foot à quelqu'un faites lui vivre d'emblée un grand match !
    Merci à mon père qui avait insisté pour m'emmener au stade du Ray ce jour là...
    Didier

    Posté par didier, 26 décembre 2010 à 17:00 | | Répondre
  • l'ogc nice est un des plus gros clubs francais!

    Posté par liga, 10 février 2011 à 03:09 | | Répondre
  • J'y étais...

    Je me souviens toujours de ce fameux match. J'avais 15 ans... A la mi-temps, personne n'aurait parié un kopeck pour la victoire... Et puis, ces 3 buts... Je les ai vus de loin, car j'étais dans les populaires sud... Si j'ose dire, Vic Nurenberg n'avait pas perdu le nord! Et depuis lors, à Nice, calme plat...

    Posté par Paul Ranc, 13 octobre 2012 à 22:00 | | Répondre
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