25 avril 2007

Johan Cruyff, la soixantaine rayonnante (3)

cruyfftry


La fin de l'année 1974 fut marquée par un nouveau Ballon d'Or pour Johan Cruyff, le troisième au total après ceux de 1971 et 1973. Une récompense individuelle décrochée au nez et à la barbe d'un Franz Beckenbauer collectionna pourtant cette année d'innombrables titres : champion d'Allemagne, vainqueur de la Coupe d'Europe des clubs champions et champion du monde. Une performance sensationnelle qui ne suffit pas au Bavarois pour ravir la place de meilleur joueur européen à Cruyff. Un Cruyff qui glanait ainsi une troisième couronne record lui permettant de dépasser au palmarès une de ses idoles d'enfance, le légendaire Di Stefano, deux fois vainqueur en 1957 et en 1959. Le Néerlandais fut récompensé pour la qualité d'ensemble de sa Coupe du Monde, en dépit d'une finale mi figue-mi raisin. Le journaliste Jean-Philippe Réthacker dressait donc en cette fin 1974 à nouveau les louanges du génie néerlandais, du « Hollandais volant », dans son traditionnel portrait du lauréat du Ballon d'Or. "Johan Cruyff est et reste le meilleur footballeur du monde, surtout après la retraite définitive de Pelé. Son mérite est d'autant plus grand qu'il est l'homme à abattre, que ce soit en Championnat d'Espagne avec Barcelone sur les terrains peu accueillants de province, ou en Coupe du monde avec la sélection de Hollande dont il fut pendant un mois l'animateur et le meneur de jeu. Harcelé, malmené, souvent maltraité, Cruyff a dû, bien entendu, revoir la question. En tacticien qui sent le jeu et voit très vite, il a décidé de reculer ses bases de départ et de fuir la pointe du combat. Du même coup, il offrait à ses partenaires des possibilités plus sérieuses de marquer à sa place : ce que ne manquèrent pas de réaliser Marcial à Barcelone et Neeskens dans la sélection hollandaise. [...] Avant ce match de Munich (NDLR : la finale du Mondial 74), il avait brillé de mille feux dans une compétition impitoyable, planant au-dessus de ses partenaires et de ses adversaires avec une insolence et une maîtrise exceptionnelles. Et puis, n'avait-il pas auparavant reconduit le FC Barcelone jusqu'au sommet du football espagnol, lui redonnant un titre qui le fuyait depuis plus de dix ans. Il suffit que Cruyff entre dans l'équipe catalane pour que celle-ci entame une ascension qu'on ne peut arrêter." Au regard de sa Coupe du Monde 1974, la saison qui suivit fut pour lui plus discrète, contre-coup de ce Mondial peut-être et donc de vacances écourtées. En championnat, et même si son lutin néerlandais participa à 30 rencontres, le Barça ne put battre en brèche l'implacable domination du Real Madrid, large vainqueur de la Liga avec 50 points, 12 de plus que son dauphin ... le Real Saragosse. Les Catalans n'émargèrent cette année là qu'à la troisième place. En Coupe du Roi, les Blaugranas ne dépassèrent pas les quarts, éliminés par ces mêmes Aragonais. Sur la scène européenne, le club atteint tout de même le dernier carré mais ne résista pas au Leeds United de Billy Bremner (2-1, 1-1). Sur le plan personnel, cette campagne continentale ne fut guère réussie pour Cruyff qui n'inscrivit pas le moindre but en huit rencontres.


Cette saison légèrement ratée coûta sa place à Rinus Michels, démis de ses fonctions par le président Agustí Montal au motif, entre autres, qu'il laissait trop de liberté à Cruyff. Le technicien néerlandais fut remplacé par l'Allemand Hennes Weisweiler, grand manitou du Borussia Mönchengladbach qui avait fait à l'époque du club rhénan un grand d'Europe. A peine arrivé, Weisweiler modifia profondément l'équipe et exigea de Cruyff qu'il joua en pointe, toujours à la recherche du but au lieu de perdre du temps au milieu du terrain. Des propos qui ne firent guère plaisir au Néerlandais qui n'accepta pas les méthodes et les consignes du coach allemand ce qui va provoquer une division entre les pro-Weisweiler et les pros-Cruyff parmi les socios culés avec une grande majorité en faveur du joueur. Cette guerre larvée éclata au plein jour lors du remplacement lors d'un match à Séville de Cruyff par l'obscur Fortes au motif que le Batave n'appliquait pas les consignes de Weisweiler en ne se plaçant pas en pointe. Les dirigeants barcelonais durent trancher pour éviter que la situation ne dégénère trop et tranchèrent dans le vif au profit de Johan Cruyff. En Avril 1976, Weisweiler fut démis de ses fonctions après avoir à peine dirigé une cinquantaine de matches à la tête des Catalans. Il fut remplacé par un homme de la maison, le discret Laureano Ruiz qui allait permettre à l'équipe de finir la saison sur une meilleure note (dauphin des Merengues en Liga) avant d'assister au cours de l'été au retour triomphal de Rinus Michels en Catalogne. Juin 1976 marquait aussi la première participation des Pays-Bas au Championnat d'Europe des Nations. Pour se qualifier, les Oranjes durent batailler avec la Pologne, 3ème du Mondial 1974 qu'ils ne battirent que d'extrême justesse. Les Néerlandais terminèrent premiers de leur groupe mais à égalité de points avec l'équipe des Lato, Gadocha, Kasperczak, Szarmach et compagnie. Au cours de cette campagne qualificative étalée de septembre 1974 à novembre 1975, Cruyff marqua à quatre reprises, avec deux doublés face à la Finlande à Helsinki et à l'Italie à Rotterdam. Pour participer à la phase finale, les Hollandais devaient encore passer l'écueil belge qui se dressait face à eux lors de "Quarts de Finale" (aller/retour). Un objectif facilement réalisé grâce à un 5-0 à l'aller en Avril 1976, avant de confirmer un mois après à Bruxelles avec une nouvelle victoire 2 à 1 grâce à un but de Rep et un autre de Cruyff bien sûr. La phase finale se déroula mi-Juin en Yougoslavie avec outre la présence du pays hôte et des Pays-Bas, la participation de la RFA et de la Tchécoslovaquie. Et c'est face aux Tchécoslovaques que les Oranjes de Cruyff disputèrent leur demi-finale. Les deux équipes firent jeu égal durant les 90 minutes réglementaires, 1-1 avec deux buts d'Anton Ondruš dont l'un contre son camp. L'équipe de Cruyff céda durant les prolongations sous les coups de boutoir tchécoslovaques, devant au final se contentait de la troisième place après une victoire 3-2 face aux Yougoslaves dans un match auquel ne prit pas part le Barcelonais.


Malgré le retour de Michels, la saison suivante fut à nouveau vierge de trophée pour le Barça, dauphin pour un petit point de l'Atlético Madrid en championnat. Son parcours en Coupe du Roi fut stoppé dès les Huitièmes par le Celta Vigo (1-1, 2-1) et il ne dépassa par les Quarts en Coupe UEFA éliminé par un autre club espagnol l'Athletic Bilbao (2-1, 2-2). En réalité, le principal fait de cette saison, qui impliqua d'ailleurs Cruyff, fut le match de la 21ème journée de Liga qui opposait les Blaugranas au CD Málaga. La rencontre se disputa dans un climat délétère à cause de l'arbitrage discutable de Melero Guaza qui refusa deux penalty pour les Catalans et accorda un but marqué de la main d'Esteban pour les Andalous. De plus, l'arbitre allait expulser Johann Cruyff pour insultes. Dans un contexte politique très tendu qui voyait la Catalogne demandait plus d'autonomie (un spectateur avait d'ailleurs tenté de rentrer sur le terrain durant le match la senyera à la main), cela fut interprété comme de nouvelles brimades du pouvoir central. A la fin de la rencontre, des spectateurs envahirent la pelouse, plusieurs agressant physiquement l'arbitre de la rencontre, des affrontements eurent aussi lieu avec la police. Ces incidents ne coutèrent au final que 200 000 pesetas d'amende au club et 3 matchs de suspension pour Cruyff mais ternirent définitivement cette saison 1976/77. Cette année 1977 marqua aussi la fin de la carrière internationale de Johan Cruyff qui disputa son dernier match sous le maillot néerlandais le 26 octobre 1977 dans sa bonne ville d'Amsterdam. Ce match face à la Belgique se conclut par une victoire 1-0 grâce à un but René van de Kerkhof qui envoyait définitivement les Pays-Bas disputé la CdM 1978 en Argentine. Mais sans Cruyff qui mettait en ce soir d'automne un terme définitif à sa carrière internationale. Le génie batave avait décidé de ne pas participer au rendez-vous mondial de 1978 pour des raisons personnelles, une promesse faite à sa femme après la CdM 1974 (souvenez-vous de la piscine) tout autant que son rejet d'un pays dirigé par la junte militaire de Jorge Videla. Quoiqu'il en soit, Cruyff en restera donc à 48 sélections étalées sur douze ans pour un total de 33 buts à deux réalisations du record (*) de Faas Wilkes (35). Cette annonce couplée à celle du non renouvellement de son contrat avec le Barça au début de l'année 1978 laissa libre cours aux rumeurs les plus folles, on prêta à Cruyff l'intention de rejoindre de nombreux clubs différents voire même d'arrêter sa carrière à seulement 31 ans... Mais sur le terrain, Cruyff brillait de mille feux sembla bien loin d'une retraite anticipée. En cette fin de saison 1977/78, il mena le Barça en Demi-Finales de la Coupe UEFA sans réussir à passe l'obstacle du PSV Eindhoven (3-0, 1-3) qui allait par la suite mettre un terme au parcours héroïque de Bastia. Sur la scène espagnole, il remporta son deuxième, et donc dernier, trophée sous les couleurs barcelonaises : une Coupe du Roi. En finale, jouée à ... Santiago Bernabéu, les Blaugranas s'imposent 3 à 1 face à Las Palmas, un succès en forme d'adieu pour Cruyff qui allait mettre les voiles vers une nouvelle aventure ... de l'autre côté de l'Atlantique, sur la planète soccer.

(*) Le record de Faas Wilkes a depuis été battu par Patrick Kluivert et Dennis Bergkamp, respectivement 40 et 37 buts en sélection. Cependant, Kluivert affiche une moyenne de 0,51 but/sélection et Bergkamp une de 0,47 but/sélection, bien en deçà des 0,69 de Johan Cruyff ou de l'hallucinante moyenne de Wilkes 0,92 but/sélection !

Posté par xav73 à 12:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


Commentaires sur Johan Cruyff, la soixantaine rayonnante (3)

Nouveau commentaire